Question du 22 août 2017 : Outils fournis aux enseignants pour faire face à la radicalisation

Madame la Ministre,

Je vous remercie pour votre réponse à ma question portant sur le même objet. Parmi la palette d’outils fournis aux enseignants pour faire face à la radicalisation, vous évoquez la mise en place de formations spécifiques du type : « Comment désamorcer la radicalisation religieuse par l’éducation ? ».

Par ailleurs, vous évoquez le rôle de soutien des deux fonctionnaires référents nommés depuis le mois de janvier 2016 afin d’accompagner les acteurs de l’enseignement.

Enfin, vous mentionnez que la quantité de personnel affectée aux équipes mobiles pourrait être revue à la hausse si le nombre d’interventions demandées le justifiait.

Mes questions, Madame la Ministre, sont les suivantes :

– Pourriez-vous me fournir la liste des formations spécifiques qui portent sur la prévention et la détection du radicalisme ? Ces formations sont dispensées par l’Institut de Formation en cours de Carrière mais pourriez-vous m’indiquer la fonction des personnes dispensant les formations sur la thématique du radicalisme ? Disposez-vous d’un programme détaillé de la manière dont les cours sont structurés ?

– Les deux fonctionnaires référents étant en fonction depuis le mois de janvier 2016, un bilan de leurs actions a-t-il été dressé ? Quels sont les points à améliorer ? Quel est leur rôle précis ? En quoi est-il distinct de celui des équipes mobiles ? Les chefs d’établissement peuvent-ils se tourner directement vers eux ? Si oui, de quelle manière leur existence est-elle mise en avant ?

– Avez-vous prévu d’augmenter le personnel affecté au Service des équipes mobiles ? Si oui, à quelle hauteur ?

Réponse :

Monsieur le Député,

Tout d’abord, je tiens à vous présenter mes excuses pour le délai de réponse.

Depuis le début de la législature, et bien avant la vague des premiers attentats, un renforcement de l’éducation au « vivre ensemble » a été impulsé au sein des établissements scolaires et des mesures concrètes de prévention ont été mises en place dans une approche systémique où l’ensemble des acteurs de la communauté éducative sont impliqués : les élèves, les enseignants, les éducateurs, les directions, mais également les parents.

C’est uniquement via un réseau d’actions conjointes menées par les Centres PMS, les médiateurs scolaires, les structures locales proches de l’école, les services de l’Aide à la jeunesse, le milieu associatif, la police locale et les familles, dans le respect des rôles de chacun, que la prévention aux situations de radicalisme pourra s’ancrer de manière durable et efficace.

Diverses mesures ont été mises en place pour renforcer le soutien aux acteurs de l’enseignement. Parmi celles-ci :

La formation et l’accompagnement des acteurs éducatifs :

Afin de former et d’accompagner les acteurs éducatifs, les équipes mobiles et les médiateurs scolaires ont pu bénéficier de formations spécifiques du type « Comment désamorcer la radicalisation religieuse par l’éducation ? ».

Plusieurs formations ont été organisées par l’Institut de Formation en cours de Carrière (IFC) sur la prévention, l’explication et la détection du radicalisme à destination des acteurs éducatifs, ainsi que des offres de formation complémentaires.

La mise à disposition d’outils pédagogiques et des services pour les acteurs éducatifs :

  • Un site citoyenneté (enseignement.be/citoyennete) reprenant, notamment, des outils en matière de lutte contre le radicalisme et les discours haineux a été mis à disposition des équipes éducatives ;
  • Divers outils pédagogiques ont été envoyés aux écoles via diverses circulaires (5133, 5171). Entre-autres : « Ecran large sur tableau noir » (ASBL Les Grignoux), Opération « Ouvrir mon quotidien » (Journaux francophones belges) , « Journalistes en classe » (Association des journalistes professionnels), visite gratuite de journalistes en classe pour aborder la liberté d’expression, « Avocats à l’école » , Opération liberté d’expression : Caricaturistes — Fantassins de la démocratie. Un soutien financier a été accordé pour des séances scolaires suivies d’un débat avec des caricaturistes dans les salles de cinéma du réseau « La Quadrature du Cercle » en ce qui concerne ce documentaire de Stéphanie Valloatto . En outre, des séances de projection et de débats ont été organisées pour plusieurs longs métrages permettant d’aborder cette problématique (les hommes d’argiles …) ;
  • L’Université Libre de Bruxelles en collaboration avec le Conseil Supérieur de l’Education aux Médias a travaillé sur la conception d’un outil pédagogique à destination des élèves de 15 à 18 ans intitulé « Vivre ensemble dans un monde médiatisé ». Cet ouvrage (450 pages) permet à l’enseignant d’aborder avec les élèves des thématiques comme la théorie du complot, la liberté d’expression, la fiabilité d’une information… ou des thématiques plus philosophiques comme la neutralité, le libre examen, comprendre la laïcité, comprendre et connaître les images….Cet outil est disponible depuis la rentrée 2016-2017 pour les enseignants et transmis à toutes les écoles d’enseignement secondaire.

La sensibilisation du phénomène auprès des familles :

Plusieurs projets ont été déployés en matière de rencontres avec les parents, via les services d’éducation permanente.

Les écoles ont pu également faire appel aux témoignages de parents dont les enfants sont partis combattre en Syrie. Depuis novembre 2015, le projet « Mothers school » permet à des mères de suivre une formation d’animateur afin de mettre à disposition des écoles des ateliers.

Les équipes éducatives disposent également de recommandations et d’outils en ligne. Parmi ceux-ci, le « Guide pratique relatif à la prévention et à la gestion des violences en milieu scolaire[2] » présente des dispositifs de prévention ciblée liés à différents types d’incivilités et de violence.

Des services de soutien pour les écoles sont disponibles :

Deux fonctionnaires référents ont été désignés depuis le mois de janvier 2016 pour accompagner, soutenir et orienter les acteurs de l’enseignement sur cette problématique complexe et un numéro vert est la disposition des équipes éducatives pour les orienter face à des situations qu’ils considéreraient comme étant suspectes.

En effet, le travail lié aux autres compétences du Service des équipes mobiles, l’augmentation du nombre de demandes « radicalisme », la nature du travail sur cette thématique et les distances parcourues pour les interventions sont autant d’éléments qui nécessitent d’augmenter le nombre d’agents en charge de cette mission.

Par rapport à la proposition d’avoir une personne référente par école, la pertinence de celle-ci dépend de caractéristiques propres à l’école, qui tiennent compte de la taille de l’établissement scolaire, de son environnement ou encore des ressources locales à proximité…

En ce qui concerne les initiatives liées à l’outillage des enseignants dans les pays voisins, chaque pays a pris des dispositions nécessaires en fonction de son contexte et de leurs approches en la matière, soit plus sécuritaire, soit plus préventive.

Je vous remercie de votre question.

[2] Consultable via le lien http://www.enseignement.be/index.php?page=26937&navi=3524