Question du 29 mars 2017: Etude de Beeodiversity sur la biodiversité en Région bruxelloise

L’entreprise Beeodiversity a mené une étude sur la biodiversité bruxelloise dont la période de référence s’étendait de mai à août 2016 en utilisant des abeilles domestiques.

Ces abeilles ont été déployées dans plusieurs zones de Bruxelles et ont permis de ramener au sein de la ruche de nombreux échantillons qui, analysés et traités, ont pu fournir une information précieuse sur la biodiversité bruxelloise.

Un des principaux constats est celui de la concentration trop élevée en plomb qui dépasse les valeurs limites dans le centre et le nord de Bruxelles. De fortes concentrations d’arsenic, de chrome, et de pesticides ont également été constatées.

Par ailleurs, Bruxelles compterait une très faible diversité. L’ensemble de ces conclusions interpelle et devrait inciter au lancement d’une étude approfondie. A cette fin, il me semble crucial que les pouvoirs publics appuient ce type d’initiatives.

Mes questions, Madame la Ministre, sont les suivantes :

  • Avez-vous pris connaissance de cette étude ? A-t-elle été financée en partie par votre Ministère ? Si oui, à quelle hauteur ?
  • Trouvez-vous les résultats de cette étude interpellants ? D’autres études du même type avaient-elles été menées par le passé, permettant de croiser les résultats obtenus ?
  • Etes-vous en contact avec cette entreprise ? Un partenariat a-t-il déjà été envisagé ? Avez-vous pris des mesures de manière à améliorer la récolte de données à ce sujet ?

Réponse :

  1. Oui. Mon administration a rencontré les gérants de la société Beeodiversity le 23 avril dernier, la veille de leur présentation publique. Les sorties dans la presse ont également été suivies avec attention.

Cette campagne a été financée par des entreprises sises en Région bruxelloise (Elia, Cofinimmo, Tractebel, Sodexo, Caméléon, Drohme). La Région n’y a pas contribué.

  1. Nous n’avons pas accès aux données brutes ou aux protocoles d’analyse. Ainsi, il n’est pas possible de juger des résultats. Mon Administration a identifié plusieurs biais possibles dans l’approche proposée par Beeodiversity, et soulevé le manque actuel d’interprétation et de mise en perspective de ces résultats.

Il est également important de s’interroger sur la pertinence et la validité scientifique de cette démarche, en comparaison avec des approches classiques standardisées (p. ex. des prélèvements directs de pollen sur les végétaux dont les conditions écologiques locales sont connues). Le monde académique a soulevé les mêmes questions.

Il est donc, à ce stade, tout à fait prématuré de porter un quel- conque jugement sur les données présentées par l’entreprise.

Le projet de Beeodiversity n’est a priori pas neuf, ni dénué d’intérêt, puisque mon administration a déjà contribué à des projets similaires. Le dernier rapport sur l’état de l’environnement 2011-2014 ( fiche documentée n° 15) reprend notamment les données liées à l’analyse pollinique de 192 miels récoltés en Région de Bruxelles-Capitale entre 2007 et 2014. Les articles de presse ne reflètent pas les limites de l’opération de Beeodiversity et ne mettent pas ces données en perspective avec d’autres zones urbaines. En l’état rien ne permet d’affirmer que ces données, si elles étaient reproduites et confirmées, sont anormales et plus alarmantes à Bruxelles qu’à Paris, Londres ou Berlin.

En n, il me semble important de préciser qu’on parle ici de contamination possible et locale du pollen et non pas du miel, qui reste un produit tout à fait consommable.

Une étude réalisée en 2004 par l’ULB à la demande de Bruxelles Environnement, en collaboration avec la Société royale d’apiculture de Bruxelles et ses Environs (SRABE) a montré que les miels bruxellois sont très largement en-des- sous des seuils européens en matière de contamination au plomb, puisqu’ils sont naturellement filtrés par les abeilles.

 

  1. Mon administration est en contact avec cette entreprise, comme elle l’est avec de nombreux autres acteurs du monde académique, naturaliste, apicole ou associatif. Sans être exclu, un partenariat effectif avec Beeodiversity n’est toutefois pas à l’ordre du jour.

Mon intention est de proposer une stratégie globale, cohérente et intégrée, qui vise à la protection de tous les pollinisateurs, domestiques ou sauvages. Cette stratégie, prévue à la mesure 16 du Plan régional Nature, devra être articulée au Programme de réduction des pesticides et à la Stratégie GoodFood.

Mon administration y travaille actuellement et doit en définir les priorités. Elle devra inclure notamment des inventaires de la faune pollinisatrice et des ressources orales qui devront s’articuler au schéma de surveillance des habitats naturels, de la faune et de la ore prévu à la mesure 20 du Plan régional Nature. Des inventaires des pollinisateurs sauvages ont partiellement été initiés en 2016, en collaboration avec l’ULB, et leur systématisation sera étudiée dans les mois à venir.

En matière de monitoring environnemental (polluants, etc.), il n’est pas sûr que la méthode utilisée par Beeodiversity sera retenue face à des approches plus systématiques dont la validité a été démontrée.