Question du 21 décembre 2016: Subside alloué au Musée de l’Europe pour l’exposition « L’Islam c’est aussi notre histoire »

La Région bruxelloise a décidé de placer l’année 2017 sous le signe de la diversité. Parmi les initiatives mises en place, une exposition « L’islam c’est aussi notre Histoire ».

Cette initiative est présentée comme « dans une actualité où la peur est l’ennemi du vivre ensemble, celle-ci met en avant la connaissance et la compréhension qui seules permettent la rencontre ».

Les messages véhiculés par l’exposition seraient l’histoire partagée et le fait que la présence musulmane en Europe est « très ancienne ». Pourtant, il ne me semble pas que ce soient ces éléments qui soient contestés mais bien les problématiques telles que l’intégration ou les accommodements raisonnables.

Etant donné qu’un subside de 150.000 euros a été octroyé par le Gouvernement bruxellois pour financer une telle exposition, je me demande s’il n’aurait pas été plus utile de les investir dans des mesures concrètes permettant le vivre-ensemble telles que la mise en place effective des parcours d’intégration par exemple.

Mes questions, Monsieur le Ministre-Président, sont les suivantes :

– Toutes les initiatives de l’année « Mixity » ont-elles été subventionnées à une telle hauteur ? Comment expliquer un tel montant ?

– Pensez-vous réellement qu’une telle exposition puisse avoir un impact réel sur la cohésion sociale ? Pourquoi ne pas avoir investi ces sommes dans la lutte contre le radicalisme et dans la promotion de l’intégration plutôt que dans ce type d’initiatives tout à fait passives et ayant un public-cible réduit ?

– Sur base de quels critères ce projet a-t-il été retenu ?

– Par ailleurs, pourriez-vous m’indiquer en quoi l’islam constituerait une part intégrante de notre Histoire sur base de références bibliographiques et/ou intellectuelles ?

Réponse de Monsieur Vervoort:

  1. Islam et Europe

Votre question ne manque de pas de me surprendre par son manque de cohérence internet, dès lors que d’une part, vous affirmez ne pas contester l’ancienneté de la présence musulmane en Europe ou l’histoire partagée avec les musulmans, mais que d’autre part, vous me demandez de vous « indiquer en quoi l’islam constituerait une part intégrante de notre histoire sur la base de références bibliographiques et/ou intellectuelles ».

Cette question est particulièrement importante au vu de l’idée, répandue selon laquelle les civilisations européenne et musulmane seraient étrangères l’une à l’autre – ou même antagonistes.

J’y répondrai donc en premier lieu, en commençant par citer de manière exhaustive le « Manifeste » et l’ « Avertissement » que l’on peut lire dans la brochure de l’exposition « L’Islam, c’est aussi notre histoire ! » :

« Manifeste.

Dans l’imaginaire européen, aussi bien musulman que non musulman, un préjugé tenace veut que la présence musulmane sur le sol européen soit d’importation tardive, contemporaine des vagues d’immigration de la seconde moitié du XXe siècle. Il en résulte une autre idée préconçue : que ces deux civilisations, l’Europe et l’Islam, soient fondamentalement étrangères l’une à l’autre, et condamnées par les vicissitudes de l’histoire à une cohabitation malaisée.

L’exposition L’Islam, c’est aussi notre histoire ! montre qu’il n’en est rien. Présence récente ? En fait, depuis son irruption dans l’histoire jusqu’à nos jours, l’Islam n’a jamais été absent de ce continent et de sa civilisation. Les Musulmans sont arrivés dans le bassin occidental de la Méditerranée au VIIIe siècle, lors de leur conquête de la péninsule Ibérique, où ils se sont maintenus sept siècles durant. Puis, lorsque la chute de Grenade en 1492 a mis un terme à la présence musulmane à l’ouest du continent, les Turcs sont déjà solidement implantés depuis plus d’un siècle à l’est, dans les Balkans, qu’ils incorporent dans un vaste empire. Aussi bien, de même qu’il y a un Islam maghrébin, turc, africain, indo-pakistanais, arabe ou indonésien, il y eut bel et bien, et il y a toujours, un Islam européen spécifique.

Deux civilisations étrangères l’une à l’autre ? Non, deux civilisations parfois conflictuelles, certes, mais issues d’un tronc spirituel et intellectuel commun, se rattachant à une même origine scripturaire et se réclamant du même héritage philosophique. L’histoire douze fois séculaire de leur imbrication a été tantôt violente et tantôt pacifique, mais toujours riche d’influences mutuelles. Sans leur rencontre, ni l’Europe ni l’Islam ne seraient ce qu’ils sont. Dans une longue respiration géographique d’avancées et de reculs, de flux et de reflux, l’exposition invite à revisiter cette histoire, dont, pour le meilleur et pour le pire, nous sommes tous les fils et les acteurs. »

« Avertissement.

Cette exposition n’est pas une œuvre de circonstance. Inscrite au programme du Musée de l’Europe depuis son origine, voici dix-sept ans, elle n’a cessé de hanter l’esprit des membres de notre association. Elle répond d’ailleurs à une préoccupation fondamentale – étudier les rapports de l’Europe, prise comme un tout, à elle-même et aux autres, et prend sa place dans une série dont les réalisations portent toutes l’affirmation

« C’est notre histoire » : « L’Europe, c’est notre histoire », « L’Amérique, c’est notre histoire », et maintenant, l’Islam. « Islam », avec une majuscule, car nous entendons ce vocable non comme désignant exclusivement une religion, mais une civilisation.

Il se trouve que notre exposition arrive à un moment particulier de l’histoire dont elle rend compte, lorsque la rencontre entre l’Europe et l’Islam se découvre aux yeux des citoyens du continent sous les espèces les plus tragiques – vagues d’immigration massives et chaotiques, violence terroriste insensée, sentiments d’aliénation, d’incompréhension et d’hostilité.

Fallait-il dès lors y renoncer, ou du moins en déférer la réalisation en attendant des circonstances plus heureuses ? Surtout pas, croyons-nous. C’est précisément parce que l’heure est tragique qu’il importe de montrer à nos contemporains l’extraordinaire richesse de cette histoire, qui a contribué à nous faire ce que nous sommes. Non pour cacher ce qui ne va pas, pas plus que pour le relativiser ; mais pour le placer dans une histoire pluriséculaire qu’il est loin de résumer. Après tout, imagine-t-on une histoire de l’Europe réduite aux guerres entre ses nations ? »

Quant aux références bibliographiques, de nombreux ouvrages sont disponibles, parmi lesquels on peut citer :

a) Bernard Lewis, Islam and the West, Oxford University Press, 1994.

b) Jack Goody, L’islam en Europe : histoire, échanges, con its, Paris, La Découverte, 2004.

c) Mohammed Arkoun (dir.), Histoire de l’Islam et des musulmans en France du Moyen-Âge à nos jours, Albin Michel, 2006.

d) Henry Laurens, John Tolan et Gilles Veinstein, L’Europe et l’islam, quinze siècles d’histoire, Odile Jacob, 2009.

Ceux-ci exposent notamment à quel point la pollinisation réciproque des mondes européens et des mondes islamiques a été déterminante pour la philosophie, la médecine, les mathématiques, …

  1. Parcours d’accueil

Dans votre question, vous faites référence à la mise en place des parcours d’accueil. J’ai un peu du mal à suivre le lien logique qui vous amène à passer d’une exposition à un dispositif d’accueil de primo-arrivants. Néanmoins, sachez que je finance ce dispositif par l’intermédiaire de mes compétences à la Cocof à hauteur de 5,2 millions d’euros inscrits au budget 2017. Les Bureaux d’accueil de la Cocof (4000 places) et de la Vlaamse Gemeenschap (3000 places) sont ouverts et opérationnels. Outre un bilan social, ils dispensent des cours de citoyenneté et de langue pour tous les primo-arrivants qui s’inscrivent dans le parcours. Vous n’êtes pas sans savoir également qu’un projet d’ordonnance va être déposé sous peu à l’Assemblée réunie de la COCOM pour rendre ce parcours obligatoire. Mon Gouvernement estime que l’inclusion

des personnes primo-arrivantes passe aussi par une ouverture interculturelle et des démarches comme celles qui sont portées dans le cadre de l’année thématique « Mixity ».

  1. Montant de la subvention à l’exposition et impact en termes de cohésion sociale

Les différentes initiatives de l’année Mixity ont été subventionnées de manière distincte.

Par ailleurs, je vous informe que l’exposition « L’Islam, c’est aussi notre histoire ! » – soutenue par le Programme Culture de l’Union européenne – a été subventionnée par mon cabinet dans le cadre de l’ « Image de Bruxelles » et comme d’autres événements majeurs s’inscrivant dans l’année thématique Mixity en cours, l’exposition est également soutenue par visit.brussels pour sa communication à l’international.

Toutefois, elle n’a pas été subventionnée dans le cadre de la cohésion sociale, à laquelle elle participe néanmoins. Je pense en effet fermement que c’est par la connaissance et le savoir que nous lutterons le plus efficacement contre tous les obscurantismes.

L’objectif de la subvention en Image de Bruxelles est de mettre en valeur le rôle de ‘capitale’ de la Région bruxelloise. Bruxelles est présentée comme un lieu de rencontre cosmopolite. Ce projet a clairement un rayonnement supra-local, national et international. Mon Gouvernement veut promouvoir l’image d’une Région à l’identité plurielle, d’un centre international dynamique à dimension humaine, au cadre de vie agréable et présentant une offre artistique, culturelle, sportive, académique ou universitaire riche et variée.

En ce qui concerne le public cible, une attention particulière est accordée au public cible de l’événement et à sa représentativité, ainsi qu’à la participation d’une large part de la population, y compris un public international, non francophone ou non néerlandophone. Il est aussi tenu compte de la mesure dans laquelle le projet répond aux événements urbains complexes, aux réalités sociales existantes et s’il contribue à une dynamique positive dans le domaine du développement urbain. L’évènement en question rencontre bien tous les éléments détaillés ci-dessus. En effet, cette exposition de grande envergure a pour objet de présenter et d’expliquer au grand public la rencontre entre les civilisations européenne et musulmane telle qu’elle se déroule sur le territoire européen depuis 12 siècles. Elle soulève de nombreuses questions : comment s’est passée cette rencontre, qu’a-t-elle produit, ect. Grâce à une muséographie contemporaine, les visiteurs rencontreront 7 personnages issus de 7 villes, qui les accueilleront, leur parleront de leur manière de vivre ensemble, de l’art et des sciences, des langues, etc. C’est à travers ces rencontres que le visiteur découvrira les héritages arabe, ottoman et colonial dont l’Europe est porteuse aujourd’hui. L’objectif est d’attirer un public aussi large que possible et plus particulièrement celui dont l’histoire personnelle est liée à cette grande histoire collective. En outre, l’exposition voyagera dans cinq pays européens, à savoir, l’Allemagne, l’Italie, la France, la Bulgarie et la Bosnie-Herzégovine. Le soutien important accordé dans le cadre de l’Image nationale et internationale de Bruxelles fait donc sens.

  1. Choix

Le choix des projets et l’attribution des crédits en Image de Bruxelles sont guidés par la qualité, la diversité au niveau de l’activité proposée, mais aussi des groupes cibles, le retentissement de l’évènement et évidemment la contribution du projet à la promo- tion des atouts et de l’image de la Région de Bruxelles-Capitale.

 

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