Question du 12 décembre 2016: Contenu du cours et discours véhiculés par certains professeurs de religion islamique en Fédération Wallonie-Bruxelles

Contenu du cours et discours véhiculés par certains professeurs de religion islamique en Fédération Wallonie-Bruxelles

Le journal francophone La Dernière Heure dressait le 6 septembre dernier le portrait de l’auteur de l’ouvrage « Les questions que se posent les jeunes sur l’islam » qui est revenu sur les cours de religion islamique dispensés à l’école.

Dans cet article, il est fait référence au fait que l’Exécutif des musulmans distribuerait encore aujourd’hui à tous les professeurs de religion islamique un programme de cours vieux de 15 ans.

Dans ce texte seraient selon lui développées des thèses salafistes assimilant notamment les chrétiens à des fraudeurs et les Juifs à des gens qui subissent la colère de Dieu. Des discours qui seraient véhiculés par certains professeurs lors de leurs cours.

Comme mis en évidence par l’auteur de l’ouvrage, il importe au contraire de défendre un islam ouvert et compatibles avec nos valeurs. Il serait donc inquiétant qu’un tel texte et de telles théories soient diffusés au sein des écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les jeunes élèves qui reçoivent un tel enseignement de la part du professeur de religion islamique sont en vertu de leur âge particulièrement malléables et pourraient donc adhérer à une version de l’islam contraire au socle de valeurs de la société belge. Dans un contexte de lutte contre le radicalisme, ces faits sont particulièrement inquiétants.

Mes questions, Madame la Ministre, sont les suivantes :

– Aviez-vous connaissance de la diffusion de ce programme par l’Exécutif des musulmans ? Avez-vous pu avoir accès à son contenu ? Si oui, confirmez-vous les propos de l’auteur évoqué selon lesquels certains passages relèvent du salafisme ? Pouvez-vous m’en donner des extraits ou, au mieux, me transmettre cette brochure ?

– Comment expliquez-vous qu’un tel texte ait pu être diffusé pendant des années sans aucun contrôle de la Fédération Wallonie-Bruxelles ? Etes-vous en contact avec l’Exécutif des musulmans pour l’établissement du contenu du nouveau cours ?

– Comment les professeurs de religion islamique sont-ils formés ?

 

Réponse:

 

En référence au portrait du professeur de religion islamique, auteur du livre « “Les questions que se posent les jeunes sur l’islam”, publié par le quotidien La Dernière Heure en septembre dernier, vous me questionnez sur l’action de l’Exécutif des Musulmans de Belgique dans le cadre des cours de religion et sur un programme vieux de dix ans qui serait d’application et véhiculerait des thèses salafistes reprises par certains professeurs lors de leurs cours en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Avant toute autre chose, si mes informations sont correctes, je souhaite indiquer que cet enseignant n’a jamais dit ou écrit que le programme distribué par l’Exécutif est un programme salafiste, mais il s’est référé — il est vrai — à des ouvrages vendus dans les librairies de France qui propagent l’idéologie salafiste. Cela devait être évoqué afin de ne pas lui attribuer un jugement qu’il n’a pas posé.

Comme vous le savez, chaque programme de cours en Fédération Wallonie-Bruxelles est précédé d’un référentiel de compétences qui est l’outil de référence lors de l’évaluation et du contrôle des enseignants par l’inspection. Pour ce qui est du cours de religion islamique, ce référentiel a été présenté par Monsieur Echallaoui, aujourd’hui Président de l’Exécutif des Musulmans de Belgique, mais à l’époque inspecteur de religion islamique, et ce, lors d’une conférence de presse où il était accompagné par Madame Simonet, alors Ministre de l’enseignement obligatoire. Ce référentiel daté de mai 2013 explicite les compétences communes aux différents cours de religion. Il définit les objectifs généraux du cours aux différentes étapes de la scolarité, les macro-compétences, les compétences terminales, le sens des compétences disciplinaires, les compétences transversales au primaire et au secondaire ainsi que les compétences communes à construire dans le cadre d’activités de rencontre et de collaboration entre cours de religion. Ce référentiel est téléchargeable sur le site de l’Exécutif et est donc accessible au public.

Le programme de la religion et de la morale inspiré de cette religion est de la responsabilité des autorités cultuelles et donc, dans ce cas, de l’Exécutif des Musulmans de Belgique. Sa dernière version date de 2010 et précise explicitement les objectifs du cours de la manière suivante :

«  Le cours religion islamique ne se considère pas comme un lieu de catéchèse pas plus qu’il ne se fixe une fonction d’exhortation ou de mémorisation de données abstraites et figées. En effet le repli sur des aspects formels du cultuel ou sur la recherche de l’accumulation de contenus religieux, ne peut que déboucher sur la déception des élèves entrainant par là leur passivité dans l’action pédagogique.

L’apprentissage avant d’être une accumulation de connaissances doit être un facteur d’épanouissement de la personne de l’élève. Loin d’imposer à l’élève toute forme de pensée monolithique, le cours de religion islamique s’est fixé notamment, comme objectif, d’apprendre à l’élève l’exercice de la distanciation et de l’esprit critique qui rendent possibles le discernement et le libre jugement.

Le cours de religion islamique a pour objectif de préparer un élève citoyen qui sera :

– Ouvert à un avenir commun dans une dialectique de l’universel et du particulier.

– Préparé à vivre en harmonie avec lui-même, autrui et l’environnement.

– Participant activementà la vie en société et sa réalisation pleine en tant qu’individu sur les plans intellectuel, social, affectif et moral.

– Ayant un esprit autonome et doté d’une personnalité équilibrée.

– Citoyen responsable, créatif, ouvert aux autres cultures, capable de se prendre en main face aux exigences de la vie, averti de la complexité du réel et apte à mettre en œuvre un esprit critique.

– Un élève capable d’exercer une distanciation qui rend possibles le discernement et le libre jugement. Qui fait le choix de la forme sous laquelle il adapte son idéal, se définit un cadre pour l’apprentissage de la réflexion et l’appropriation de sens.”

Ces objectifs me semblent tout à fait défendre un islam ouvert et compatible avec le socle des valeurs de l’Etat belge et ne sont en rien inscrits dans une ligne salafiste. Ce programme, qui est distribué par l’Exécutif, de même que le référentiel de compétences respectent le cadre légal de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles. Il a fait l’objet, ces derniers mois, d’une nouvelle relecture à l’aune de la réduction du nombre d’heures de cours tenant compte de la mise en place du cours de philosophie et de citoyenneté, sans ignorer les éléments contextuels actuels de lutte contre le radicalisme.

Des manuels scolaires pour le primaire ont été rédigés et validés par l’Exécutif ; ils seront distribués aux enseignants dans les prochaines semaines. Les questions que se posent les élèves d’après le livre de cet enseignant sont tout à fait normales. L’objectif du cours est justement de susciter le questionnement philosophique et il appartient bien aux professeurs d’y répondre en se référant au référentiel de compétences du cours de religion islamique. Par ailleurs, depuis 2002, ce cours est contrôlé par une inspection qui ne tolère aucun écart ou dérive intégriste.

La formation des enseignants donnée par l’UCL pour former des professeurs de religion islamique s’adresse à des enseignants qui ont été désignés par des pouvoirs organisateurs pour donner ce cours, des enseignants qui sont donc en fonction, mais qui n’ont pas la formation requise au niveau de la didactique, tout en étant nécessairement détendeurs d’un titre de bachelier. Ces derniers sont de nouveaux professeurs qui ne bénéficient pas du régime transitoire dans le cadre de la mise en œuvre du décret sur les titres et fonctions. Tous les autres professeurs en fonction avant septembre2015, bénéficient du régime transitoire qui reconnaît la formation dispensée précédemment par les cultes eux-mêmes et donc ne sont pas concernés par la formation proposée dans le cadre du CDER (Certificat de didactique de l’enseignement de religion) mise sur pied par l’UCL en bonne intelligence avec l’Exécutif des Musulmans de Belgique.

Ce certificat est organisé sur deux ans et prévu pour 50 étudiants. Les cours sont donnés durant une journée complète par semaine, ce qui implique pour les professeurs inscrits d’être libres durant cette journée. 

Il est sans doute enfin important de signaler, à ce propos, que les religions islamique et catholique sont les premières à proposer un CDER complet reconnu par la Fédération Wallonie-Bruxelles pour tous les niveaux d’enseignement.

Par ailleurs, un grand nombre de professeurs de religion islamique sont actuellement dans les conditions pour donner le cours ou bénéficient des conditions transitoires liées à la mise en œuvre de la réforme des titres et fonctions.

Je vous remercie pour votre question.

Marie-Martine SCHYNS

Ministre de l’Education

 

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