Note préliminaire – Préservation du Patrimoine

 

Table des matières

I)    QU’EST-CE QUE LE PATRIMOINE ?

II)IDENTIFICATION DES DEFIS

2.1)  Tourisme de masse

2.2)  Conflits armés et terrorisme

2.3)  Pillages et trafics illicites

2.4)  Croissance démographique et urbanisation

2.5)  Manque de sensibilisation

2.6)  Restaurations

2.7)  Mondialisation

2.8)  Changement climatique

2.9)  Non et sous déclaration par certains pays III) CONCLUSION

IV) UN OBJECTIF…ET DES PROPOSITIONS

 

I) ELEMENTS DE DEFINITION

 

Qu’est-ce que le Patrimoine ?

 

De nombreuses Conventions en définissent le champ. 

 

 

A) 1954 : Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé

– La Haye – (complétée par le Premier Protocole : 1954 et le deuxième Protocole : 1999);

 

 

 

       

Définition

 

Les biens culturels y sont ici définis comme (Convention de la Haye, article 1er) : 

 

a.Les biens, meubles ou immeubles, qui présentent une grande importance pour le patrimoine culturel des peuples, tels que les monuments d’architecture, d’art ou d’histoire, religieux ou laïques, les sites archéologiques, les ensembles de constructions qui, en tant que tels, présentent un intérêt historique ou artistique, les œuvres d’art, les manuscrits, livres et autres objets d’intérêt artistique, historique ou archéologique, ainsi que les collections scientifiques et les collections importantes de livres, d’archives ou de reproductions des biens définis ci-dessus; 

 

b.Les édifices dont la destination principale et effective est de conserver ou d’exposer les biens culturels meubles définis à l’alinéa a, tels que les musées, les grandes bibliothèques, les dépôts d’archives, ainsi que les refuges destinés à abriter, en cas de conflit armé, les biens culturels meubles définis à l’alinéa a.; 

c.Les centres comprenant un nombre considérable de biens culturels qui sont définis aux alinéas a. et b., dits « centres monumentaux ».

 

Contenu et particularités

 

L’origine de cette Convention remonte aux destructions massives du patrimoine pendant la Seconde Guerre mondiale. L’objectif principal est donc d’assurer par une série de mesures que le patrimoine soit épargné autant que faire se peut des conséquences des conflits armés par la mise en place de mesures de sauvegarde en temps de paix, le respect mutuel des biens culturels en temps de conflit armé, instauration de refuges pour protéger les biens, unités spéciales affectées à la préservation du patrimoine en temps de guerre, etc.

 

Organes

 

Comité crée par le Deuxième Protocole. Il comprend 12 Etats parties pour une période de 4 ans. Il y a également un Bureau du Comité renouvelé chaque année.

 

La Belgique est membre du Comité du 2ème Protocole depuis 2011 et en a assuré la Présidence lors des sessions 2012 et 2013.

 

 

B) 1970 : Convention concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicite des biens culturels, Paris

 

 

 

       

 

Définition (Article 1er)

 

Aux fins de la présente Convention sont considérés comme biens culturels les biens qui, à titre religieux ou profane, sont désignés par chaque Etat comme étant d’importance pour l’archéologie, la préhistoire, l’histoire, la littérature, l’art ou la science, et qui appartiennent aux catégories ci-après

 

(a)collections et spécimens rares de zoologie, de botanique, de minéralogie et d’anatomie; objets présentant un intérêt paléontologique ; 

 

(b)les biens concernant l’histoire, y compris l’histoire des sciences et des techniques, l’histoire militaire et sociale ainsi que la vie des dirigeants, penseurs, savants et artistes nationaux, et les événements d’importance nationale ; 

 

(c)le produit des fouilles archéologiques (régulières et clandestines) et des découvertes archéologiques ; 

 

(d)les éléments provenant du démembrement de monuments artistiques ou historiques et des sites archéologiques ; 

 

(e)objets d’antiquité ayant plus de cent ans d’âge, tels qu’inscriptions, monnaies et sceaux gravés ; 

 

(f)  le matériel ethnologique ; 

 

(g)les biens d’intérêt artistique tels que : 

(i)   tableaux, peintures et dessins faits entièrement à la main sur tout support et en toutes matières (à l’exclusion des dessins industriels et des articles manufacturés à la main) ; 

(ii)  productions originales de l’art statuaire et de la sculpture, en toutes matières ; 

(iii)gravures, estampes et lithographies originales ; 

(iv)assemblages et montages artistiques originaux, en toutes matières ; 

 

(h)manuscrits rares et incunables, livres, documents et publications anciens d’intérêt spécial (historique, artistique, scientifique, littéraire, etc.) isolés ou en collections ; 

 

(i)  timbres-poste, timbres fiscaux et analogues, isolés ou en collections ; 

 

(j)  archives, y compris les archives phonographiques, photographiques et cinématographiques ; 

 

(k)objets d’ameublement ayant plus de cent ans d’âge et instruments de musique anciens.

 

Contenu et particularités  

 

Dans les années 1960-1970, de nombreux vols sont constatés et on constate la mise sur le marché de plus en plus importante d’œuvres d’origine illégale.  Le texte de la Convention invite à prendre de nombreuses mesures préventives afin de pallier à ces situations comme la mise en place d’inventaires ou encore de campagnes d’information. De même, l’Etat signataire s’engage à prendre toutes les mesures nécessaires afin de restituer à l’Etat d’origine le bien culturel volé. Cette Convention repose sur le principe de coopération entre les Etats.

 

La Convention a été ratifiée par 129 Etats membres de l’UNESCO.

 

Organes

 

L’Unité de la Convention de 1970 constitue le Secrétariat de la Convention. Il y a également un Comité intergouvernemental pour la promotion du retour de biens culturels à leur pays d’origine ou de leur restitution en cas d’appropriation illégale.

 

 

C) 1972 : Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel – Paris ; 

 

       

 

190 pays – 962 sites dont 745 culturels, 188 naturels et 29 mixtes dans 152 Etats parties

 

Définition (Article 1er)

 

Article premier

 

Aux fins de la présente Convention sont considérés comme « patrimoine culturel »: 

 

Les monuments : œuvres architecturales, de sculpture ou de peinture monumentales, éléments ou structures de caractère archéologique, inscriptions, grottes et groupes d’éléments, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science, 

 

Les ensembles : groupes de constructions isolées ou réunies, qui, en raison de leur architecture, de leur unité, ou de leur intégration dans le paysage, ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science, 

 

Les sites : œuvres de l’homme ou œuvres conjuguées de l’homme et de la nature, ainsi que les zones y compris les sites archéologiques qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue historique, esthétique, ethnologique ou anthropologique. 

 

Article 2

 

Aux fins de la présente Convention sont considérés comme « patrimoine naturel »: 

 

Les monuments naturels constitués par des formations physiques et biologiques ou par des groupes de telles formations qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue esthétique ou scientifique, 

 

Les formations géologiques et physiographiques et les zones strictement délimitées constituant l’habitat d’espèces animale et végétale menacées, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation, 

 

Les sites naturels ou les zones naturelles strictement délimitées, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science, de la conservation ou de la beauté naturelle.

 

Contenu et particularités

 

Les critères pour qu’un site figure sur la liste du Patrimoine mondial sont définis dans les Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial (10 critères).[1]

 

Il y a également une Liste du Patrimoine mondial en péril qui comprend des sites (1) en situation de « péril prouvé » quand il s’agit de menaces imminentes spécifiques et établies ou (2) en situation de « mise en péril » lorsqu’ils sont confrontés à des menaces qui pourraient avoir des effets nuisibles sur leur valeur de Patrimoine mondial. Intérêt ? que le Comité de l’UNESCO puisse accorder immédiatement au bien menacé une assistance dans le cadre du Fonds du Patrimoine mondial. La catégorie la plus couverte dans cette liste est celle concernant les biens culturels à connotation religieuse.

 

Organes : 

 

–   Le Comité du patrimoine mondial (se réunit une fois par an, représentants de 21 Etats

parties à la Convention, responsable de la mise en œuvre de la Convention) Pour le moment, les 21 Etats sont les suivants : 

 

Algérie,Allemagne,Colombie,Croatie,Finlande,Inde,Jamaïque,Japon,Kazakhstan,Liban,Malaisie,Pérou,Phi

 

lippines,Pologne,Portugal,Qatar,République deCorée,Sénégal,Serbie,Turquie,Viet Nam

 

       

–   L’Assemblée générale (se réunit durant les sessions de la Conférence générale de l’UNESCO, détermine les contributions des Etats au Fonds du patrimoine mondial et élit les membres du Comité)

 

 

D) 2001 : Convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique ;

Paris

 

 

Définition (Article 1er)

 

1. (a) On entend par « patrimoine culturel subaquatique » toutes les traces d’existence humaine présentant un caractère culturel, historique ou archéologique qui sont immergées, partiellement ou totalement, périodiquement ou en permanence, depuis 100 ans au moins, et notamment : 

 

(i)   les sites, structures, bâtiments, objets et restes humains, ainsi que leur contexte archéologique et naturel ; 

 

(ii)  les navires, aéronefs, autres véhicules ou toute partie de ceux-ci, avec leur cargaison ou autre contenu, ainsi que leur contexte archéologique et naturel ; et 

 

(iii)les objets de caractère préhistorique. 

 

(b)Les pipelines et les câbles, posés sur les fonds marins, ne sont pas considérés comme faisant partie du patrimoine culturel subaquatique. 

 

(c)Les installations autres que les pipelines ou câbles, placées sur les fonds marins et encore en usage, ne sont pas considérées comme faisant partie du patrimoine culturel subaquatique.

 

Contenu et particularités

 

L’objectif affiché de cette Convention est la protection adéquate par les Etats parties de leur patrimoine subaquatique. Elle en fixe les principes de base, définit les principes de coopération en ce sens, donne des règles pratiques pour la recherche dans ce domaine. La préservation du patrimoine subaquatique devient obligatoire avec un accent mis sur la préservation in situ sur l’intervention. La Convention vise également à lutter contre l’exploitation commerciale du patrimoine et invite les Etats à partager leurs informations sur le domaine subaquatique.

 

Organes

 

Une Conférence des Etats parties est convoquée au moins tous les deux ans par la Directrice générale de l’UNESCO.

 

 

E) 2003 : Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel

– Paris

 

 

La reconnaissance du Patrimoine immatériel est le fruit d’un long processus : 

1989: Recommandation de l’UNESCO sur la sauvegarde de la culture traditionnelle et populaire

2001: Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle

2002: Déclaration d’Istanbul

2003: Convention pré-citée (163 Etats répartis en six groupes selon leur appartenance géographique)

 

Définition

 

Aux fins de la présente Convention, 

 

1.On entend par « patrimoine culturel immatériel » les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine. Aux fins de la présente Convention, seul sera pris en considération le patrimoine culturel immatériel conforme aux instruments internationaux existants relatifs aux droits de l’homme, ainsi qu’à l’exigence du respect mutuel entre communautés, groupes et individus, et d’un développement durable. 

 

2.Le « patrimoine culturel immatériel », tel qu’il est défini au paragraphe 1 ci-dessus, se manifeste notamment dans les domaines suivants : 

 

(a)les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel ; 

 

(b)les arts du spectacle ; 

 

(c)les pratiques sociales, rituels et événements festifs ; 

 

(d)les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ; 

(e)les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.

 

Contenu et particularités

 

Les patrimoines culturels matériels et immatériels sont parfois liés : au patrimoine immatériel sont associés des instruments, objets, artefacts et espaces culturels.

 

Attention : c’est la communauté elle-même qui doit choisir de participer et de soutenir les initiatives de conservation de son patrimoine immatériel et non les Etats. Un ensemble de directives opérationnelles encouragent néanmoins les Etats à mettre en place un mécanisme de coordination permettant à des experts de participer à l’identification de ce patrimoine (sur base de l’Article 11 de la Convention).

 

Il faut par ailleurs respecter le fait que certaines parties de ce patrimoine puissent rester secrètes.

 

Caractéristiques :

 

(1)  Traditionnel, contemporain et vivant (en perpétuelle évolution) ;

(2)  Inclusif (transmis de génération en génération, source d’identité pour la communauté) ;

(3)  Représentatif (il doit sans cesse être partagé pour se renouveler) ;

(4)  Fondé sur les communautés (les communautés elles-mêmes décident de ce qui fait partie de leur patrimoine, ce sont elles qui le créent).

 

Intérêt de la préservation : beaucoup de savoirs traditionnels ou autochtones peuvent être intégrés dans les politiques de santé, l’éducation et la gestion des ressources naturelles.

 

Par ailleurs, selon Chiara Bortolotto[2], la prise en considération de ce patrimoine relève de : 

(1)    l’aboutissement de la prise en considération des folklores et cultures vivantes, longtemps délaissées face aux grands monuments ;

(2)    du travail de l’Unesco afin de ne plus se baser uniquement sur une conception occidentale du patrimoine.

 

Les Etats doivent rédiger des rapports périodiques pour évaluer leur mise en œuvre de la Convention : avant le 15 décembre de la 6ème année de la ratification.

 

Il y a également une Liste de sauvegarde urgente, pour laquelle l’Etat doit faire un rapport tous les quatre ans.

 

On notera par ailleurs l’initiative « Trésors humains vivants » : il s’agit de personnes choisies par l’Etat afin de transmettre les savoirs traditionnels.

 

Organes :

 

–  l’Assemblée générale des Etats parties (se réunit tous les deux ans) ;

–  le Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (rotation des Etats membres élus pour quatre ans chargés ensuite de nommer des personnes compétentes dans ce domaine).

 

Pour info, la Belgique est membre du Comité de 2012 à 2016 (avec Grèce, Turquie,

Bulgarie, Hongrie, Lettonie, Brésil, Pérou, Sainte-Lucie, Uruguay, Afghanistan, Inde, Kirghizistan, Mongolie, Corée, Congo, Côte d’Ivoire, Ethiopie, Namibie, Nigéria, Ouganda, Algérie, Egypte, Tunisie) – Attention, cette liste sera modifiée à la prochaine Assemblée générale qui aura lieu en novembre 2016. 

 

En conclusion, on peut le voir, la notion de Patrimoine est abstraite. Les définitions s’additionnent et se complètent, aucune ne se suffisant à elle-même. Si l’accent est ici mis sur les différentes Conventions de l’UNESCO, d’autres textes de référence existent et garantissent la préservation du Patrimoine. Le but étant ici d’avoir la vision la plus globale qui soit, nous avons fait le choix de nous attarder sur les Conventions sous l’égide de l’UNESCO mais il importe de garder en tête que d’autres institutions ont un rôle important à jouer aux niveaux international, européen, et national et jouent un rôle d’appui fondamental.

 

 

        II) IDENTIFICATION DES DEFIS

 

 

 

2.1) LE TOURISME DE MASSE

 

 

Problématique : Le Patrimoine mondial fait l’objet d’une consommation mondiale qui pousse à s’interroger sur la soutenabilité des flux touristiques.

 

Théorie

 

Selon les recherches menées par Benhamou, l’inscription sur les listes du Patrimoine mondial implique une large ouverture pour le site au tourisme international. Pour des raisons économiques, celui-ci sera encouragé par la puissance publique et les entreprises privées et peut se révéler être très irrespectueux. Le tourisme qui était alors prometteur devient destructeur. Un exemple frappant est celui de Jacques Duhamel en France qui a affirmé en 1978 que « le patrimoine est une richesse fossile gérable et exploitable comme le pétrole ».

 

Pour Françoise Benhamou[3] « cette croisade pour la consommation mercantile du patrimoine n’est pas seulement dommageable aux visiteurs, à la fois trompés quant à la nature du bien à consommer et placés dans des conditions d’entassement et de bruit de toute façon impropres à une quelconque délectation intellectuelle ou esthétique ».

 

L’inscription sur les listes est finalement davantage motivée par le label touristique qu’elle offre que la protection et la valorisation des sites.4

 

Pourtant, promouvoir le tourisme nuit souvent à la conservation au vu de l’augmentation de la fréquentation des sites (Kerr). Les services touristiques se multiplient autour des lieux, nuisant à l’esprit, au caractère authentique des lieux en question. Selon Evans, Firat et Dholakia, cette « touristification » transforme des pratiques culturelles traditionnelles en offre culturelle pour des touristes à la recherche de nouvelles expériences. Par ailleurs, selon Venon, « les touristes recherchent davantage « une atmosphère » qu’ils ne sont à la recherche de connaissance ». Ainsi, il s’agit bien souvent davantage de « profiter du décor » que d’en apprendre plus sur son contexte historique.[4]

 

On regrettera également les partenariats du Centre du patrimoine avec l’industrie touristique. Citons le World Heritage Tourism Program, programme touristique consacré aux sites du Patrimoine mondial. En plus de fournir les outils au développement touristique, ce programme a permis aux sites du Patrimoine mondial d’être représentés dans une bourse touristique (Berlin International Bourse Travel). On peut également citer le partenariat avec l’éditeur « Our Place » pour une série de livres « Places of Wonder and Discovery » avec des photographies des sites du Patrimoine mondial. En 2009, l’UNESCO s’associe même à Trip Advisor afin de permettre à la vingtaine de millions d’internautes mensuels de connaître davantage les sites du Patrimoine mondial.

 

On ne peut évidemment nier l’impact économique positif et le potentiel de développement qu’il constitue pour certaines régions. En réponse aux constats établis sur les effets du tourisme de masse sont promues les notions de tourisme culturel et de tourisme durable. En 2012, le Comité du patrimoine mondial a adopté un programme sur le tourisme durable.

 

Exemples de sites directement menacés par le tourisme :

 

Angkor : Rien que pour les cinq premiers mois de l’année 2015, ce ne sont pas moins de 970 361 visiteurs qui se sont rendus au Parc archéologique d’Angkor. « Personne ne devrait être autorisé à marcher sur des pierres vieilles de mille ans », a déclaré Jeff Morgan, directeur exécutif du Fonds pour le Patrimoine mondial.[5] Le piétinement des pierres ainsi que les fumées associées à la circulation (cars de touristes) nuisent au site. Le nombre de touristes est passé de 60 000 en 1999 à 250 000 en 2001, 2,5 millions en 2011 et 7 millions en 2015.

 

Machu Picchu : Depuis 2008, environ 2500 personnes visitent le site chaque jour. « Vous imaginez tous ces gens marchant sur les terrasses agricoles ? », affirme un historien.[6] Une grande menace est l’annonce pour 2018 du nouvel aéroport situé entre Cuzco et le Machu Picchu qui pourra accueillir les vols internationaux, ce qui évitera aux touristes de passer par Lima. En 2025, les autorités visent plus de 5 millions de passagers contre 2 millions actuellement, or 70% des voyageurs viennent pour visiter le Machu Picchu.

 

Chapelle-Sixtine : 15 000 à 20 000 touristes la visitent chaque jour, 4,5 millions par an. « Les humains respirent, transpirent et la poussière et l’humidité mettent les fresques en danger », affirme le directeur des Musées du Vatican.[7] Ainsi, la chapelle Sixtine ne mesure que 40,5 mètres de long sur 14 mètres de large !

 

Tombeaux égyptiens : Dans la vallée des Rois, en Egypte, certains tombeaux comme ceux de Néfertiti, Toutankhamon ou de Séthi souffrent d’humidité suite au nombre de visiteurs qui y pénètrent chaque jour. Ainsi, à raison de 2,8 grammes de transpiration en moyenne par visiteur, on comprend la décision, malheureuse pour les touristes mais nécessaire, de fermer les tombeaux de Néfertiti et Séthi.

 

Mont Everest : Au milieu des années 2000, une opération de nettoyage y avait descendu 2,4 tonnes de déchets. Ainsi, on trouve dans la vallée des monceaux de déchets abandonnés lors des expéditions. Entre 1953 et 1990 ce ne sont pas moins de 50 tonnes de plastique, de verre et de métal qui auraient été abandonnés. Le guide de montagne Yann Delevaux affirme que : « Le camp de base de l’Everest n’accueille pas que des amoureux de la nature ». [8]

 

Gorilles du Parc Virunga (Rwanda) : A noter que certaines mesures sont prises unilatéralement par certains pays afin d’allier tourisme et conservation des espèces. Ainsi, les visiteurs étrangers doivent s’acquitter d’un montant de 750$ et les Rwandais de 50$. 

 

Recommandations: 

 

*                     Création d’une Charte touristique commune aux Etats parties comprenant les règles et principes que les touristes s’engagent tacitement à respecter, une fois leur ticket d’entrée reçu. L’ensemble des acteurs touristiques auront pour obligation de la diffuser auprès de leurs clients ;

*                     Régulation des flux touristiques : Mise en place de quotas de visiteurs par jour et par tranche horaire pour les sites les plus fréquentés. Un badge serait remis à chaque visiteur pour une tranche horaire, une fois le nombre de badges épuisés, les suivants devront attendre la suivante ;

*                     Mise en place de périmètres de protection autour des lieux : certaines parties du patrimoine particulièrement fragiles doivent être protégées de l’affluence touristique par de tels périmètres ;

*                     Mise en place de prix d’entrée pour certains sites (moins élevés pour les résidents) sur l’exemple du Rwanda ;

*                     Formation linguistique des gardes touristiques afin qu’ils puissent aisément communiquer avec une personne qui irait à l’encontre des règles prescrites.

 

 

2.2) CONFLITS ARMES ET TERRORISME

 

 

Problématique : En situation de conflit armé, la destruction du patrimoine culturel fait soit partie d’un dommage collatéral mais bien souvent, est l’objet d’une stratégie bien réfléchie. Un exemple frappant est celui des destructions intentionnelles du patrimoine par l’EI. Les conflits armés et le terrorisme sont synonymes de destructions volontaires et de vandalisme.

 

Théorie

 

Base juridique :

En 1954, la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé dite Convention de La Haye a été signée. Il s’agissait d’une réaction suite aux nombreuses destructions après la Seconde Guerre mondiale. C’est le premier traité international à vocation universelle dédié à la protection du patrimoine culturel en cas de conflit armé.

 

La Convention de La Haye dispose d’un protocole qui interdit l’exportation des biens culturels d’un territoire occupé et exige leur restitution n’a par exemple pas été ratifié par les Etats-Unis et le Royaume-Uni pourtant très actifs dans le trafic artistique.[9] 103 pays ont ratifié le Premier protocole, 68 le second. 

 

Le second protocole est lui aussi crucial puisqu’il prévoit l’activation possible de la protection renforcée en son Article 11 pour les biens culturels revêtant la plus haute importance pour l’humanité : en effet, chaque Partie peut soumettre au Comité une liste des biens culturels qui seraient sous protection renforcée sous certaines conditions. Ainsi, les Parties au conflit se doivent ensuite d’assurer l’immunité des biens culturels placés sous protection renforcée. En cas de violation de ce Protocole, des poursuites peuvent être engagées. Par ailleurs, tout en se référant à la Convention de La Haye de 1954, le second protocole énumère des exemples de mesures de sauvegarde des biens culturels que peuvent prendre dès le temps de paix les Etats parties contre les effets prévisibles d’un conflit armé, comme l’établissement d’inventaires, la planification de mesures d’urgence pour protéger de tels biens contre les risques d’incendie ou d’écroulement des bâtiments ou la désignation d’autorités compétentes en matière de sauvegarde. Cependant, le faible nombre d’Etats parties nuit aux répercussions potentielles d’un tel texte.

 

En dehors des conventions qui protègent spécifiquement les biens culturels en cas  de conflit armé, le droit international humanitaire interdit en général les attaques contre les biens civils, dont les biens culturels, en vertu de son principe de distinction.  Par ailleurs, les Protocoles additionnels I et II de 1977 aux Conventions de Genève de 1949, relatifs à la protection des victimes des conflits armés (respectivement les articles 53 et 16 à ces Protocoles),  interdisent tout acte d’hostilité à l’encontre des biens constituant « le patrimoine culturel ou spirituel des peuples » et toute utilisation de ces biens à l’appui de l’effort militaire. Si la Convention de La Haye et ses Protocoles ne leur sont pas applicables, les Etats parties aux Protocoles additionnels I et II de 1977 (174 pour le Protocole I et 168 pour le Protocole II) sont toujours liés par les obligations en matière de protection des biens culturels prévues par ces textes.

             

Au-delà de la ratification, selon Boylan, « l’obstacle majeur reste la négligence ou le refus des Etats parties de respecter les règles auxquelles ils ont souscrit. »

 

Citons également la Déclaration de l’UNESCO d’octobre 2003 concernant la destruction intentionnelle du patrimoine culturel.[10]

 

Dans des situations de nouvelles configurations politiques ou de scissions, quand des territoires se désagrègent comme c’était le cas de l’Ex-Yougoslavie, le patrimoine associé au groupe ethnique ou culturel est visé (exemple : pont de Mostar, bombardement du centre historique de Dubrovnik, destruction des Bouddhas de Bamiyan en Afghanistan).

 

En temps de guerre on distingue12 (1) le dommage collatéral/incident – ce qui a été détruit ou endommagé par des tirs qui étaient destinés à détruire autre chose (exemple : musée national du Liban) ; (2) le pillage – en tant de guerre, les lieux de conservation sont désertés ou moins protégés ce qui permet à un commerce d’antiquités de se mettre en place ; (3) l’épuration culturelle – selon Leturcq, de tous temps, les monuments de l’ennemi ont fait l’objet de dégradations volontaires. Selon lui, ces dernières années, une mutation apparaît : « le patrimoine est atteint en tant que patrimoine, en tant qu’héritage du passé de l’Autre, que l’on cherche à dégrader voire à nier ». De vandalisme, on est passé à une destruction intentionnelle. C’est à partir de l’art que se construit l’identité des nations et donc à partir de là qu’on les détruit.

 

La prise de conscience de la primauté de ce défi s’illustre dans une résolution du Conseil de sécurité de 2012 qui demandait à la MINUSMA, en collaboration avec l’UNESCO, d’apporter leur soutien aux autorités maliennes afin de protéger les sites culturels et historiques du Mali.

 

Exemples : Déjà en Libye, des islamistes intégristes avaient détruit en 2012 à la pelleteuse le Mausolée d’un saint musulman, Al-Chaab Al-Dahmani à Tripoli et profané sa tombe. Ils ont également fait exploser le Mausolée du cheikh Abdessalem Al-Asmar. Fin 2014, une statue emblématique a disparu à Tripoli.

 

Citons également la destruction des bouddhas de Bamiyan (Afghanistan) en 1998, ordonnée par le mollah Omar poussé par l’aile dure de son mouvement fondamentaliste. Le 11 mars 2001, ces deux symboles sont détruits par des troupes envoyées par Oussama Ben Laden à coups de roquettes, puis d’obus tirés de tanks et enfin à la dynamite.

 

Mais l’exemple le plus frappant de cette évolution vers des destructions intentionnelles est celui de l’Etat islamique en Syrie et en Irak (exemples : monastère Mar Elian, site archéologique irakien de Nimroud, Musée de Mossoul, Hatra,…) . Ces destructions sont ainsi relayées par des vidéos et photos (exemple : destruction du temple de Baalshamin) et font clairement partie d’une stratégie de provocation. La directrice de l’UNESCO a parlé à ce sujet de « crime de guerre et une perte considérable pour le peuple syrien et l’humanité ». Certaines mesures ont été mises en place par des archéologues en Syrie afin de rapatrier plus de 300 000 objets vers Damas. Plus de 2500 fonctionnaires s’activent ainsi afin de préserver ce qui peut l’être, souvent au péril de leur vie comme ce fut le cas avec le directeur de Palmyre.

 

Notons que le Tribunal Pénal international pour l’ex-Yougoslavie avait condamné Pavle Strugar, général à la retraite de l’armée yougoslave, notamment pour des dommages causés intentionnellement à un certain nombre de sites culturel et historiques à Dubrovnik.

 

Ce qui semble crucial face à ce défi est de développer une approche qui ne se contente pas d’agir a posteriori mais bien en prévention des conflits armés et du terrorisme. Certes, le terrorisme est intrinsèquement impossible à prévoir mais chaque Etat en étant potentiellement la cible, il apparaît comme nécessaire de développer un arsenal lié à la prévention dans l’ensemble des Etats parties.

 

Recommandations : 

  • Accélérer la ratification de la Convention de la Haye et de ses Protocoles afin de pouvoir agir rapidement et efficacement en temps de conflits.  Prévoir des sanctions en cas de non-respect de ses dispositions ;
  •  Systématiser les poursuites judicaires devant les tribunaux en cas de dégradation ou destruction du Patrimoine mondial et ériger effectivement les destructions intentionnelles au rang de crime de guerre au regard de l’article 8§2 du Statut de Rome. A cet égard, les Etats parties à la Convention de 1972 devraient soutenir les synergies avec la Convention de 1954, particulièrement à travers le mécanisme de protection renforcée prévu par son Deuxième protocole.[11]
  •  Mettre l’accent sur la formation du personnel dans les musées afin qu’ils soient pleinement conscients, de la même manière qu’ils le sont par exemple face aux risques d’incendie, des objets à sauver en premier lieu, et de quelle manière (prévoir des endroits sécurisés où stocker les objets sur le territoire national ou celui d’un autre Etat) ;
  •  Assurer la diffusion des textes des conventions en matière de protection des biens culturels (formation, sensibilisation), dans le cadre des programmes d’instruction militaire pour les forces armées et des programmes d’instruction civile pour la population, notamment pour le personnel ayant pour fonction la protection des biens culturels ;
  •  Développement d’une approche préventive : développement de « plans B » pour le patrimoine déplaçable, inventaire de l’ensemble du patrimoine national au sens large du terme, mettre l’ensemble du patrimoine sur microfilm à l’exemple de la Suisse.
  • Systématisation de l’inclusion de la protection des sites culturels et historiques dans les opérations de maintien de la paix et dans les instructions militaires des forces armées des Etats. En ce sens, une force internationale spécialisée en droit international humanitaire et dans la protection du patrimoine culturel pourrait être instaurée dans les différents organes régionaux et internationaux compétents en complémentarité avec la création d’une telle force au niveau national.

 

2.3) PILLAGES ET TRAFICS ILLICITES

 

Problématique : Les pillages peuvent avoir des causes multiples : patrimoine délaissé suite à de fortes instabilités, population pauvre, appât du gain et menace grandement le patrimoine qui se retrouve au centre de trafics illicites.  

 

« Quels que soient les droits de propriété, la destruction d’un édifice historique et monumental ne doit pas être permise à ces ignobles spéculateurs que leur intérêt aveugle sur leur honneur. Il y a deux choses dans un édifice : son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde, à vous, à moi, à nous tous. C’est donc dépasser son droit que de le détruire ».

Victor Hugo

 

Base juridique :

Convention concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicite des biens culturels – 1970

Droit international humanitaire (Convention de la Haye de 1954, articles 4 et 28 et Deuxième Protocole de 1999, article 15)

Convention d’Unidroit sur les biens culturels volés ou illicitement exportés, 24 juin 1995

 

Théorie

 

Les pillages sont notamment de mise dans des pays où le contexte politique est relativement instable comme dans les pays d’Afrique où terres cuites, statuettes, poteries, bronzes, masques sont ensuite revendus à un autre pays ce qui permet de blanchir l’objet et d’empêcher une action de l’UNESCO. Le pillage constitue pour beaucoup une source de revenu importante. 

 

Exemples : Il est particulièrement important dans les parcs naturels. Le Parc national de Zakouma au Tchad ou le Parc des Virunga est par exemple souvent la cible des braconniers qui en forcent l’entrée afin d’y tuer les éléphants pour leur ivoire.

 

Le musée de Bagdad dénombre pas moins de 10 073 pièces manquantes.

 

En Libye, le contexte politique fragile rend le trafic d’antiquités particulièrement fructueux. En 2011, « le trésor de Benghazi », une collection de 8000 pièces d’or, d’argent et de bronze a disparu. Au moins 15 sites auraient été détruits par les habitants eux-mêmes afin d’y construire des maisons.

 

De même, en Syrie, l’UNESCO note la multiplication des pillages depuis le début de la guerre comme la mosquée Al-Omari ou de nombreux musées et sites archéologiques.

 

Cependant, l’instabilité politique n’est pas toujours à l’origine des pillages. Ainsi, en France, par exemple, la crise économique aurait démultiplié les actes de ce type.[12] De même, certains pillages visent des communautés particulières comme la communauté juive dont de nombreuses tombes ont été profanées un peu partout en Europe.[13] En 2014, un Anglais habitant en France avait cambriolé plusieurs églises. Les objets de cultes (calices, patènes, ciboires, …) étaient revendus sur Internet. 

 

Souvent, la population elle-même s’oppose à ces pillages comme cela fut le cas au Caire lors des tentatives de pillage du musée ou encore au Mali où des personnes, au péril de leur vie, ont eux-mêmes mis à l’abri certains manuscrits en les enterrant.

 

Par ailleurs, il est important de souligner que les acteurs à l’origine de pillages sont divers : populations locales, touristes, professionnels.

 

Exemples

 

En Tanzanie, la population d’éléphants a chuté de 109 051 en 2009 à 43 330 en 2014. La cause est principalement le braconnage pour l’ivoire.

 

Au Népal, après le séisme de 2015, des pillages massifs ont été réalisés dans la vallée de Katmandou. Un touriste avait été arrêté avec une cloche en bronze dans son sac.

 

Au Colysée, en 2015, deux touristes américaines de 21 et 25 ans ont été accusées de dommage aggravé à un monument pour avoir gravé leur prénom sur l’amphithéâtre. Un touriste russe qui avait lui aussi gravé ses initiales avait été condamné à une peine de quatre mois de prison avec sursis et une amende de 27 325 $.

 

Recommandations : 

 

*    Procéder à un recensement précis (photographies) des objets disponibles dans les musées, pour les bâtiments mobiliers et les sites archéologiques ; 

*    Procéder à des études régulières sur base de ce recensement et des plaintes déposées pour pillage ; 

*    Mise en place d’un Organe national de lutte contre le trafic de biens culturels ;  *  Favoriser la création de services au sein de la police et des douanes spécialisés dans la lutte contre le vol d’œuvres d’art et la répression du trafic illicite ; 

*    Assurer une surveillance efficace des sites ;

*    Inciter à la ratification de la Convention de 1970 et Unidroit ;

*    Suivi des ventes suspectes sur Internet en instaurant comme en Suisse un transfert de responsabilité du site hébergeur ; 

 

2.4) CROISSANCE DEMOGRAPHIQUE ET URBANISATION

 

Problématique : Afin de répondre aux exigences du tourisme de masse et/ou à une démographie galopante, les politiques d’urbanisation dénaturent une partie du patrimoine en le sortant de son contexte.

 

De nombreux aménagements sont réalisés sur les sites afin de les transformer en espaces touristiques. Cette urbanisation rapide afin de répondre aux exigences du tourisme a créé de vrais problèmes d’hygiène et de santé (collecte des déchets, accès à l’eau notamment). 

 

Exemples : Citons comme exemple la restructuration du centre de Mexico dès 1958 qualifié par les autorités de « refonctionnalisation ». On a remplacé les faubourgs populaires en CBD, muséifié le centre historique afin de lui donner une vocation économique. On peut également mentionner la ville de Puebla au Mexique : une avenue a été remodelée sur modèle de la River Walk de San Antonio aux Etats-Unis. Les trois quarts de bâtiments anciens ont été remplacés par des constructions neuves et des espaces verts. 

 

Par ailleurs, « en donnant la priorité à certaines constructions et à des activités tertiaires en devenir, on condamnait à la fois les activités productives jugées moins nobles et la présence de familles dont les revenus étaient trop faibles pour supporter le coût de la restructuration. » Finalement, « la priorité est donnée à la « refonctionnalisation », c’està-dire la substitution des habitants et des activités peu rentables par la culture, le tourisme et les affaires ». Par ailleurs, « la consolidation du concept conservationniste a pris le risque de transformer les villes en musées – froids, vides, indifférents – dépourvus de      vie, après avoir expulsé les      habitants et leurs activités productives.[14]

 

Par ailleurs, la pression démographique qui pèse sur certains pays les pousse à des politiques d’urbanisation qui là encore dénaturent complètement les villes. 

 

Notons également que les zones de conflits amènent souvent au développement d’une forte pression démographique sur les pays voisins, cela les poussant à des aménagements urbanistiques dans l’urgence.

 

Exemples : Un exemple frappant des problèmes posés par la croissance démographique est celui du Parc de la Virunga, côté congolais. Ainsi, la densité de population qui était de 5 habitants/km2 lors de sa création a été multipliée par vingt. Les populations qui manquent de terres, de nourriture et de combustible ont tendance à se diriger vers le parc.

 

Au Caire, la population augmente de manière vertigineuse chaque année (25 millions d’habitants en 2020 !), provoquant une politique d’urbanisation catastrophique avec la création de quartiers champignons sans plan d’urbanisme (ni eau, ni égouts). 

 

A Siem Reap, la population est passée de 173 000 habitants en 2008 à 250 000 personnes en 2013. A Angkor, les habitants sont parfois déplacés lorsque de l’eau est remise dans les douves réservoirs des temples qui étaient autrefois entourés de rizières. Cela a par exemple été le cas avec le temple médicinal Neak Poan où pas moins de 20 000 personnes ont dû être déplacées.

 

Cette urbanisation irréfléchie peut avoir de grands impacts notamment sur le patrimoine culturel immatériel. Quant au patrimoine matériel, soulignons la grande importance que revêt le contexte dans lequel il prend part, élément que seul l’environnement aux alentours peut traduire.

 

Le continent africain illustre le mieux l’impact de la démographie sur les politiques d’urbanisation.  Ainsi, de 14,5% en 1950, le taux d’urbanisation est passé à 25,7% en 1975, 38,7% en 2007 et sera selon les prévisions de 61,8% en 2050. Au regard de ces évolutions, l’impact de la démographie n’est donc pas à négliger. En Europe, beaucoup d’erreurs ont été faites du point de vue urbanistique et une grande partie du patrimoine en a souffert. Il s’agit donc d’éviter que d’autres pays fassent les mêmes erreurs lors de leur développement, tant que des ajustements sont encore possibles.

 

Certes, lors de l’inscription sur la Liste, la Convention de 1972 et ses Orientations prévoient la mise en place d’une zone tampon entourant le bien afin de le protéger.

Cependant, malgré cette prévoyance, les raisons qui poussent à l’inscription d’un bien sur la liste du Patrimoine en péril sont souvent liées à des politiques d’urbanisation désastreuses.

 

Recommandation :

 

-Porter une attention lors de l’examen des projets urbanistiques à leur impact sur la mise en valeur du patrimoine.

 

 

2.5) MANQUE DE SENSIBILISATION

 

Problématique : La connaissance de ce que représente le patrimoine culturel mènerait à moins de vandalisme et à un respect des biens culturels de l’Autre. De même, une sensibilisation accrue permettrait également une meilleure conservation et l’usage de techniques plus appropriée dans l’aménagement du Patrimoine.

 

 

 

Base juridique : La Convention de la Haye (1954) incite en son article 7 à prendre des mesures d’ordre militaire afin de sensibiliser le personnel des forces armées au respect des cultures et des biens culturels des peuples. De même, l’article 25 demande à ce que le texte de la Convention soit diffusé au maximum en ce compris au travers des programmes d’instruction militaire et civile afin que la population dans son ensemble soit sensibilisée. Son Deuxième Protocole insiste sur l’effort nécessaire devant être fourni par les Parties au travers des programmes d’éducation et d’information, « de faire mieux apprécier et respecter les biens culturels par l’ensemble de leur population. De même, la Convention sur le Patrimoine immatériel de 2003 en son article 14 invite également les Etats parties à développer la sensibilisation à ce sujet.

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

           

 

Théorie

 

Selon Coissard, « en cas de conflit, une éducation aux valeurs du patrimoine culturel des soldats ne pourrait être que bénéfique : si les armées avaient conscience de l’importance culturelle de certains objets ou immeubles, alors les « dommages collatéraux » seraient réduits. Cette initiative a déjà été prise par l’Institut Archéologique d’Amérique : en août 2005, des archéologues de ce centre ont proposé de donner des cours d’histoire, d’archéologie et de patrimoine culturel du Moyen-Orient aux troupes partant en Afghanistan ou en Irak. Cette initiative a été très bien reçue par l’Armée. 84 L’Unesco et ICOMOS proposent de nombreuses campagnes d’information sur les biens culturels, qui peuvent s’ouvrir aux combattants, qu’ils soient impliqués dans un conflit armé international ou non international. L’éducation étant un autre champ de bataille de l’Unesco, il semble tout à fait approprié lui en assigner le rôle. »17

 

Par ailleurs, et de manière plus globale, les individus ne sont guère sensibilisés aux différents enjeux qui entourent le patrimoine et à sa valeur irremplaçable. Pourtant, le patrimoine d’un pays raconte une Histoire et donc participe à la création d’une identité. Ainsi, selon l’UNESCO, le patrimoine de chaque Nation constitue « une richesse stimulante qui accroît les possibilités d’épanouissement de l’espère humaine en incitant chaque peuple, chaque groupe, à se nourrir de son passé, à accueillir les apports extérieurs compatibles avec ses caractéristiques propres et à continuer ainsi le processus de sa propre création ». Pour autant, peu d’individus disposent de connaissances relatives au patrimoine de leur pays. Développer les connaissances relatives au patrimoine et ce, dès le plus jeune âge, permettrait d’une part de conscientiser la jeunesse et de contrer certains défis comme le tourisme de masse, mais également de développer une approche différente de l’Histoire et des traces qu’elle a pu laisser dans l’architecture par exemple.

 

Certes, nous l’avons vu, une base juridique existe. Cependant, force est de constater que la dimension non contraignante de ces dispositions empêche la mise en place effective de mesures allant en ce sens.

 

Recommandation : 

  • Intégrer la sensibilisation au patrimoine dans les programmes scolaires et ce, de manière transversale. Ainsi, ce pourrait être le cas dans les programmes de littérature, d’Histoire, de géographie, de biologie.18
  •  Intégrer la sensibilisation au respect des biens culturels dans les programmes d’instruction militaire.
  •  Promouvoir des manifestations de sensibilisation du public du type « Journées du Patrimoine ».
  •  Développer la participation citoyenne au processus de gestion du patrimoine (Convention cadre de Faro sur le rôle du patrimoine sur la société)

 

 

2.6) RESTAURATIONS

 

Problématique : Les restaurations constituent un vrai défi à relever face aux dégradations du patrimoine : techniques utilisées, valeur patrimoniale à préserver, facteur de réconciliation, coût important. 

                                                        

17http://doc.sciencespolyon.fr/Ressources/Documents/Etudiants/Memoires/Cyberdocs/MFE2007/coiss ard_p/pdf/coissard_p.pdf

 

18http://www.unesco.org/new/fileadmin/MULTIMEDIA/HQ/CLT/images/9_COM_Decisions_EN.pdf(p.10-11)

 

Base juridique : Charte internationale sur la conservation et la restauration des monuments et des sites (Charte de Venise, 1964), ICOMOS

 

Théorie

 

« Protéger la culture, c’est soutenir les peuples, leur donner la force de se reconstruire, de regarder vers l’avenir. »comme l’a exprimé Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, le 4 juin 2013.

 

Selon Ruskin, « ce qu’on nomme restauration est la pire forme de destruction que puisse subir un bâtiment. Bien sûr, les techniques de restauration ont évolué depuis le contexte de cette citation, mais de nombreux exemples nous prouvent qu’elle reste en tout cas partiellement d’actualité. Davantage encore, « la croisade de l’UNESCO ne recule pas devant la labellisation de faux ». Si une nuance peut être apporté à cela, les Orientations pour la mise en œuvre de la Convention ayant mis en pace des critères d’intégrité et d’authenticité pour les biens culturels, certaines restaurations, ayant procédé à une reconstruction totale du bien, poussent à s’interroger : un bien ou un lieu entièrement restauré possède-t-il la même valeur patrimoniale ? La valeur symbolique prime-t-elle sur la matérialité ?

 

Exemples : La Vieille ville à Varsovie a été après la Seconde Guerre mondiale entièrement reconstruite à l’identique, tout comme de nombreux bâtiments aux alentours.

 

Ruskin donne quant à lui l’exemple de la Chine où le village sur canaux de Lijang avait été détruit par un séisme et a été reconstruit plus ou moins à l’identique mais a été vidé de ses habitants et répond désormais aux normes du tourisme culturel. 

 

En Birmanie, le site de Bagan est très controversé puisque des centaines de monuments ont été rénovés à la hâte en utilisant des matériaux modernes comme le plâtre ou les briques orange, dénaturant le patrimoine.

 

En Espagne, une restauration de 2012 sur un « Ecce Homo » d’Elias Garcia Martinez a fait sensation en transformant la tête du Christ en une tête grossièrement peinte. Certaines églises ne disposent en effet pas des moyens de faire appel à des experts et font donc appel aux services d’autres personnes au risque de dénaturer l’œuvre initiale.

 

Selon René Parenteau et Luc Champagne, « les mises en valeur trop formelles, s’appesantissant sur une restauration puriste des éléments architectoniques et multipliant les designs urbains voulant à tout prix faire ancien et authentique », d’une part s’éloignent des ambitions de la politique patrimoniale et d’autre part, ne parviennent pas toujours à duper les touristes.

 

En parallèle, certaines restaurations permettent de donner « une deuxième vie » au patrimoine parfois fortement endommagé au fil des années (usure) ou des conflits.

 

Selon Tom Hardwick, égyptologue, « au XIXème siècle, il était courant que de grands musées exposent des moulages réalisés à partir d’œuvres originales, de Michel-Ange par exemple, sans que le public ne s’en offusque. Puisque les gens se déplaçaient beaucoup plus difficilement qu’aujourd’hui, il était commun de penser qu’il valait mieux voir une réplique d’une œuvre majeure qu’une œuvre originale de second plan ».[15] Le tourisme de masse a entretenu une forme de culte de l’original : « C’est encore la question que l’on me pose le plus souvent aujourd’hui « Est-ce que c’est un vrai ? » Il y a un élément psychologique indéniable de l’ordre de l’aura, du karma, de l’arôme – appelez-le comme vous voulez – de l’œuvre originale qui me paraît difficilement remplaçable ».

 

Par ailleurs, la restauration peut également être appréciée pour les avancées qu’elle peut permettre en matière de réconciliation. Ce point peut être relié avec celui des conflits armés : le patrimoine détruit fait partie de l’identité d’un peuple que l’on a par cet acte de destruction entaché. La reconstruction de ce patrimoine est le premier pas vers la cicatrisation des blessures de cette identité et peut jouer un rôle positif important pour la paix. Pour exemple, une telle restauration du patrimoine pourrait notamment jouer un rôle important dans le processus politique de pacification lié à la situation du Haut Karabagh. De même, il est utile de mentionner ici les travaux du Conseil de l’Europe dans les pays de l’Ancienne-Yougoslavie qui rejoignent cette logique.

 

Cependant, les coûts de restauration sont souvent trop élevés dans les pays en développement qui préfèrent alors laisser les sites se dégrader. Alors qu’une partie du patrimoine à préserver est entre les mains des plus pauvres, les aides vont souvent aux personnes les plus aisées. De nombreuses initiatives vont cependant dans le bon sens en appelant à la solidarité entre Etats afin d’assurer la conservation et la restauration de sites du patrimoine mondial.

 

Finalement, il s’agit de trouver le juste équilibre entre les deux. 

 

Recommandations : 

Privilégier un entretien régulier du patrimoine ;

Assurer la transmission des savoir-faire en matière de restaurations ;

En cas de restaurations, encourager le recours automatique à des réseaux d’experts à la fois nationaux et internationaux afin qu’ils procèdent à une évaluation des meilleures techniques pouvant être utilisées dans un processus qui soit inclusif, participatif et pluridisciplinaire.

 

2.7) MONDIALISATION

 

« Il n’y a pas, il ne peut y avoir, une civilisation mondiale, au sens absolu que l’on donne souvent à ce terme, puisque la civilisation implique la coexistence de cultures offrant entre elles le maximum de diversité, et consiste même en cette coexistence »  – Claude Lévi-Strauss

 

Problématique : Le patrimoine devient un outil de consommation et l’augmentation des services touristiques pour y répondre nuit à la culture locale pourtant à l’origine même de la valeur de ce patrimoine.

 

Théorie

 

L’émergence de la culture de masse  selon Cousin[16] pallie l’absence de culture réelle « en conférant au patrimoine une attractivité artificielle au moyen d’un conditionnement (mental et matériel) qui le rende visible et désirable, propre à la consommation (culturelle). Finalement, si les impacts économiques sont bénéfiques (érection de structures d’accueil comme des hôtels autour des sites), les impacts socioculturels sont quant à eux néfastes (élimination d’activités créatives liées à la culture locale et à son identité). On assiste à une forme de « muséification du patrimoine ».

 

A cause de cela, Il peut y avoir un rejet des populations locales par rapport au classement d’un bien au Patrimoine mondial. Ainsi, cela empêche les populations locales de jouir intégralement de ce bien et donc nuit à la transmission du patrimoine culturel immatériel. Par ailleurs, on a tendance à accorder trop de reconnaissance au statut de l’expert plutôt qu’aux savoirs autochtones.

 

La mondialisation constitue donc une grande menace, tout particulièrement pour le patrimoine culturel immatériel. L’homogénéisation des modes de vie, l’accentuation des échanges commerciaux, la mobilité, tout cela exerce une influence qui, qu’elle soit directe ou indirecte, peut peser sur des pratiques traditionnelles et les modifier.

 

Par exemple, certaines cérémonies ou rites sont désormais réalisées sous les yeux des touristes donnant une superficialité à ce qui exigeait au contraire l’intimité et le respect. Cela participe à une « folklorisation de la culture ».

 

Par ailleurs, la mondialisation, c’est aussi l’augmentation des flux migratoires. Selon

Dolff-Bonekämper[17], « du fait de la migration humaine, il peut y avoir beaucoup d’objets conservés dans des collections éloignées du lieu où ils ont été produits, et des gens vivant très loin de là où ils sont nés ou de là où leurs familles vivaient avant leur migration ; par conséquent, il faut repenser le concept de structures sociales et locales de la construction du patrimoine ».

 

Enfin, l’homogénéisation engendrée par la mondialisation se ressent par l’implantation des mêmes multinationales, notamment dans les centres historiques des villes. On y retrouvera systématiquement de grands noms comme certaines marques de fast-food et certaines marques de luxe. En plus de nuire au commerce local cela crée une forme d’uniformisation des centres villes dans lesquels on retrouve les mêmes enseignes.

 

 

2.8) LE CHANGEMENT CLIMATIQUE

 

Problématique : Les impacts du changement climatique sur le patrimoine culturel matériel et immatériel sont largement négligés alors qu’ils sont multiples.

 

Théorie

 

Causes : augmentation de l’intensité des événements météorologiques extrêmes, précipitations, hausse des températures, baisse de l’humidité de l’air, variation du niveau des eaux souterraines, fréquence des inondations, feux de forêts, glissements de terrain, canicules, érosion des côtes, élévation du niveau des mers, sécheresse,…

 

Liste non exhaustive des menaces potentielles suite au changement climatique : 

 

  •  Impact sur le patrimoine immatériel : les populations autochtones ou marginalisées sont particulièrement exposées et vulnérables ;
  •  Le nombre croissant de réfugiés climatiques nuira à la transmission du patrimoine culturel immatériel ; 
  • Erosion des façades des monuments en calcaire dans les parties exposées à la pluie ;
  • Noircissement des façades des monuments dans leurs parties abritées de la pluie ; 
  • Cristallisation des sels contenus dans les remontées capillaires d’eau à la base des murs ; 
  • Effets dévastateurs des gels-dégels.
  • Montée des eaux 
  • Menace sur le patrimoine naturel comme la Presqu’île de Valdès (Argentine)[18]

 

En combinant le premier facteur développé, à savoir le tourisme de masse, et celui-ci, l’effet sur le Patrimoine pourrait être démultiplié (exemples : érosion des pierres, noircissement des façades).

2015

 

Pourtant : malgré des rapports de l’UNESCO sur le sujet, la liste des menaces est essentiellement descriptive.

 

Exemples de sites menacés : Venise et sa lagune, Londres et les berges de la Tamise, Prague, les monuments en bord de Seine à Paris, le Mont-Saint-Michel, la grotte de Lascaux, la Grande Ile de Strasbourg, La Grande barrière de corail en Australie, Bangkok, le glacier Quori Kalis au Pérou, les Maldives, Machu Picchu, Parc national de Manu au Pérou, Patrimoine des forêts tropicales ombrophiles de Sumatra en Indonésie.

 

 

Recommandations : 

Approche quantitative et proactive et non subjective et qualitative ;

Consultations avec des experts en prévision des changements climatiques ; * Encourager une approche globale du Patrimoine en prenant en compte son insertion dans l’environnement global ;

Evaluations nationales de ce qui est listé au Patrimoine mondial des risques potentiels liés au changement climatique afin de prendre des mesures pour les limiter.

 

 

 

2.9) NON ET SOUS DECLARATION PAR CERTAINS PAYS

 

Problématique : Une grande partie du patrimoine culturel matériel et immatériel n’a pas été déclarée par les pays, empêchant leur protection.

 

On notera par exemple l’absence d’incitants nécessaires pour une représentation accrue du patrimoine africain qui compte seulement 86 sites inscrits en 2012, 89 en 2015. Certains Etats comme l’Angola, le Burundi, la Guinée équatoriale n’avaient à ce moment pas encore inscrit de bien depuis l’adoption et la ratification de la Convention.

 

En 2000, la liste du Patrimoine mondial comptait 630 sites et monuments dont 55% étaient situés dans les pays européens, 11% pour le Monde Arabe et 1% pour l’Océanie. En 2015, la liste comprend désormais 1031 biens inscrits, 48% en Europe et Amérique du Nord, 23% en Asie-Pacifique, 8% dans les Etats arabes, 13% en Amérique LatineCaraïbes. Il est ainsi important de fournir un travail de sensibilisation accru au patrimoine car de nombreux Etats peuvent ignorer les avantages à inscrire celui-ci sur la liste de l’UNESCO. De même, certains Etats auraient potentiellement besoin d’une expertise afin de les aider à déterminer le patrimoine qui pourrait être déclaré et surtout les démarches nécessaires en ce sens. Saluons notamment les travaux de formation réalisés par l’Iccrom qui s’inscrivent parfaitement dans cette lignée.

 

Au-delà de l’expertise, ce sont des soutiens logistiques et financiers qui doivent également être apportés.

 

Notons toutefois que le Patrimoine listé ne doit pas être le seul à faire l’objet d’une attention particulière. Une grande partie du patrimoine n’est guère repris dans la Liste et cela ne l’empêche pas de revêtir une importance particulière dans l’identité des individus et en ce sens, nécessiter une protection accrue.

 

Il faut constater également qu’il peut exister des problèmes de reconnaissance au niveau national : certains types de patrimoine ne sont pas nécessairement reconnus car relevant de minorités ou faisant référence à des périodes historiques d’occupation ou peu glorieuses.  Au niveau européen, la Convention-cadre de Faro tente d’apporter une réponse à cette question du patrimoine de l’autre.

 

Dans cet esprit, la Protection renforcée offerte par le Deuxième protocole à la Convention de La Haye de 1954 a un caractère beaucoup plus inclusif que celle de Patrimoine mondial. La protection renforcée vise à prévenir des risques liés aux conflits armés, mais également les risques liés aux catastrophes naturelles.

 

 

Recommandations

  •  Développement d’incitants dans certains pays afin d’atteindre un certain équilibre entre les zones géographiques au niveau de la Liste du Patrimoine mondial ; 
  • Ratifier le Deuxième Protocole à la Convention de La Haye de 1954 et proposer l’inscription de biens d’importance sur la liste des biens culturels sous protection renforcée ;
  • Si nécessaire, développer un échange de bonnes pratiques entre les Etats afin qu’ils puissent s’aider mutuellement dans la détermination des différentes formes de patrimoine potentielles disponibles sur leur territoire.

 

 

 

Neuf défis pour un objectif

 

Les neuf défis abordés ci-dessus, s’ils sont bien distincts, se mêlent les uns aux autres créant un effet multiplicateur sur le patrimoine matériel et immatériel de l’humanité. Si la plupart de ces défis imposent une réaction rapide, c’est bien parce qu’ils prennent de l’ampleur et gagnent en consistance avec le temps. 

 

Avec l’accroissement de la mobilité et la mise en valeur de certains sites, les touristes continuent de se ruer sur un patrimoine mondialement convoité. Les prévisions démographiques laissent entrevoir une pression accentuée sur les villes et donc sur les projets d’urbanisation. 

 

Le terrorisme et la destruction intentionnelle du patrimoine prennent une ampleur inégalée. Les sociétés se développent et avec leur développement, créent une uniformisation des modes de vie.  Des enjeux tels que les pillages et le trafic illicite sont d’autant plus cruciaux qu’ils alimentent en partie le terrorisme par les recettes financières qu’ils engrangent. Le rôle de l’UNESCO, nous l’avons vu, est crucial mais nécessite un approfondissement vers des normes plus contraignantes et plus axées sur la prévention des risques.

 

Toutes les régions du monde doivent être représentées. Le point commun de tous ces enjeux, c’est qu’ils touchent, certes de manière hétérogène et sous diverses formes, l’ensemble des pays et des continents. C’est ainsi qu’en réponse à des défis globaux, les solutions doivent elles-aussi être globales. Le but de cette note est la prise de conscience de notre responsabilité à tous, en impactant les niveaux de pouvoir qui nous sont propres, d’agir et ce, sur base d’une réflexion commune qui repose sur le postulat que sauvegarder le patrimoine, c’est protéger notre identité et notre Histoire.

 

  •  Mise en place d’une Charte touristique ;
  • Régulation des flux touristiques ;
  • Périmètres de protection autour des lieux ;
  • Formation linguistique des gardes touristiques afin de les rendre plus opérationnels ; 
  • Evaluations de l’impact du changement climatique sur le patrimoine listé ;
  • Accélération de la ratification de la Convention de la Haye et de ses Protocoles ;
  • Poursuites judiciaires devant les tribunaux en cas de dégradation et/ou de destruction du Patrimoine mondial ;
  • Développement d’une approche préventive en matière de Patrimoine en cas de conflits : formation du personnel, recensement automatique, plans d’évacuation du patrimoine déplaçable, experts en patrimoine intégrés aux missions de maintien de la paix.
  • Recensement des objets dans les musées ;
  • Suivi des plaintes pour pillage ;
  • Suivi des ventes suspectes sur Internet ;
  • Attention accrue aux impacts sur le Patrimoine des projets urbanistiques ;  Intégration de la thématique du patrimoine dans les programmes scolaires ;  Incitations à la déclaration du Patrimoine de chaque Etat.

 

 

Annexe

 

Certaines institutions et associations internationales ont pour missions la préservation et la conservation du patrimoine. Elles agissent par le biais de textes de référence (chartes, recommandation, etc) permettant de définir des lignes de conduites pour la conservation du patrimoine.  Elles développent également des modules de formation, de sensibilisation et agissent au niveau international, national voire local.

 

Les principales sont :

ICCROM –HTTP://WWW.ICCROM.ORG/FR/

ICOMOS –HTTP://WWW.ICOMOS.ORG/FR/

UICN –http://www.iucn.org/fr/

ICOM –http://icom.museum/L/2/

IFLA –http://www.ifla.org/

Bouclier Bleu –http://www.bouclierbleu.fr/

 



[2] « Le trouble du patrimoine culturel immatériel », Chiara Bortoletto, Terrain, mis en ligne le 15 novembre 2011. URL :http://terrain.revues.org/14447;

[3] Benhamou Françoise, « L’inscription au patrimoine mondial de l’humanité. La force d’un langage à l’appui d’une promesse de développement», Revue Tiers Monde 2/2010 (n° 202) , p. 113-130  4Saskia Cousin, « L’Unesco et la doctrine du tourisme culturel », Civilisations, 57 | 2008, 41-56.

[4]Pascale Marcotte, Laurent Bourdeau, « La promotion des sites du Patrimoine mondial de l’UNESCO :

Compatible avec le développement durable ? », Management & Avenir 2010/4 (n° 34), p. 270-288

[10] http://portal.unesco.org/fr/ev.phpURL_ID=17718&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html 12Coissard Pascale – 2007, La protection du patrimoine culturel en cas de conflit armé : enjeux et limites du cadre international.

 

[14] François Tomas, « Les temporalités du patrimoine et de l’aménagement urbain », Géocarrefour [En ligne], vol. 79/3 | 2004, mis en ligne le 30 janvier 2008

[15] http://www.latribune.fr/entreprises-finance/services/tourisme

loisirs/20140822tribbeb2cd5d9/egypte-le-tourisme-devient-durable-grace-a-l-art-de-la-replique-d-unestart-up.html

[16] Saskia Cousin, « L’Unesco et la doctrine du tourisme culturel », Civilisations, 57 | 2008, 41-56.

 

[17] Dolff-Bonekämper, G. (2010), Patrimoine culturel et conflit : le regard de l’Europe. Museum International (Edition Francaise), 62: 14–20

[18] file:///C:/Users/S%C3%A9nat_1/Downloads/publi_paper_series_37_fr.pdf , consulté en septembre 

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