INTERVENTION – Antisémitisme – 04/2016

 

 

 

« Félicitons-nous de l’adoption de ce rapport sur l’antisémitisme rendu d’autant plus nécessaire dans le contexte actuel »

 

M. DESTEXHE (Belgique), porte-parole de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe – Je tiens tout d’abord, en tant qu’initiateur de la proposition de rapport et porte-parole du Groupe ADLE, à saluer le travail de M. Cilevičs qui met brillamment l’accent sur les différentes facettes de l’antisémitisme, ainsi que sur les bonnes pratiques dégagées par certains Etats pour lutter contre celles-ci.

Le Groupe ADLE se réjouit de ce rapport spécifiquement dédié à l’antisémitisme qui peut prendre diverses formes. Ainsi, l’antisémitisme, aujourd’hui en Europe, a deux sources essentielles, plus ou moins prégnantes selon les zones géographiques. D’une part, l’antisémitisme dans sa forme la plus traditionnelle, tristement bien connu et porté par les mouvances d’extrême droite. D’autre part, il nous faut reconnaître l’existence d’un nouvel antisémitisme, issu d’une partie de la communauté musulmane.

En Belgique, une étude menée en 2013 a montré que 51 % des jeunes musulmans d’un panel interrogé étaient d’accord avec l’affirmation selon laquelle « les juifs fomentent les guerres et accusent les autres d’en être responsables » ; 51 % contre 7 % de la population générale de l’enquête. De même l’enquête montrait que 45 % estimaient que « les juifs contrôlent tout » et 35 % que « les juifs ont trop de poids en Belgique ».Cette mutation de l’antisémitisme doit donc à mon sens ne pas être négligée.

Le rapport a pour grande qualité de s’adresser à la fois à la prévention, au repérage, au signalement et à la condamnation de l’antisémitisme. Je suis ravi de constater que le seul aspect initialement négligé par ce rapport très riche, à savoir la dimension sécuritaire, a été intégré par des amendements à la présente résolution. Cela est essentiel pour impliquer la communauté juive dans la garantie de sa propre sécurité, ainsi que des lieux culturels, religieux et éducatifs menacés.

Par ailleurs, le rapport érige en infraction pénale la négation publique, la banalisation, la justification ou l’éloge de l’Holocauste, mais également des crimes de génocide et contre l’Humanité.

Je tiens, chers collègues, à attirer votre attention sur le risque d’une extension à l’infini du champ de la criminalisation de certains discours. Ainsi, il m’apparaît comme crucial de veiller à maintenir un équilibre entre la condamnation de certains propos inacceptables et la liberté d’expression, y compris au niveau des académies et des médias. J’aurais en définitive préféré que cette disposition s’en tienne aux propos liés à l’Holocauste – je déposerai tout à l’heure un amendement à ce sujet.

Aujourd’hui, à Bruxelles et en Europe, 70 ans après le génocide des juifs et la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est devenu, à nouveau, dangereux d’être juif. De sorte qu’un grand nombre de juifs veulent quitter l’Europe. Nous ne pouvons que constater un échec et nous devons être vigilants pour que les juifs, comme tous les autres citoyens, puissent avoir un avenir en Europe.