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en présence de M. le Ministre des Affaires étrangères Reynders, de Monsieur Drieu Godefridi, juriste et philosophe libéral et de Michael R. Kulbickas, Republicans Overseas Belgium.

 

Compte rendu de Monsieur Corentin de Salle:

Voici, en 12 points, la teneur du discours de notre Ministre des Affaires Etrangères.

1). La campagne présidentielle fut réellement déplorable et l'on ne peut que regretter les propos offensants du candidat Trump mais, en face, les arguments ne volaient pas plus haut. Cela portait toujours sur qui a dit quoi, qui a fait quoi, etc. Moi qui, à cet instant, voyageait en Afrique pour convaincre des gens que la démocratie est un modèle, j'imagine qu'ils ont été un peu déçus par les débats.

2). Pour devenir président américain, il faut passer par tout un parcours et ce n'est pas du tout à la portée de n'importe qui.

3). C'est une vieille tradition en Europe; on dépeint depuis toujours les présidents américains comme des incapables : le vendeur de cacahouètes, celui qui ne peut faire deux choses en même temps (chiquer et marcher), l'acteur de série B, etc. Tant mieux. Quand on voit la puissance de cette démocratie dans le monde, il est très heureux pour nous qu'elle soit dirigée par de tels incapables. Autrement, elle serait encore plus supérieure qu'elle ne l'est maintenant.

4). Sommes nous, nous Européens, si différents de l'Amérique de Trump ? Il parle de protectionnisme. J'attends de voir. Quoi qu'il en soit, la Wallonie est allée beaucoup plus loin que Trump dans son refus du libre-échange. En France, l'ancien ministre de l'économie posait avec une marinière et un Moulinex dans les bras pour convaincre d'acheter français. Trump bâtit un mur entre son pays et le Mexique. Mais nous avons aussi des murs en Europe : avec la Turquie, en Hongrie. A Calais également. Mais ce n'était pas pour empêcher les Anglais d'entrer en Europe. 

5). Trump est issu d'un milieu particulièrement compétitif : le monde de l'immobilier à New York. Et son Secrétaire d'Etat a dirigé ExxonMobil. En conséquence, il faut s'attendre à ce que Trump soit un "deal maker" en politique internationale. C'est-à-dire qu'il ne jouera pas le jeu du multilatéralisme. Il préfèrera négocier de manière bilatérale. A nous de comprendre que l'Europe doit parler d'une seule voix si elle veut discuter d'égal à égal

6). En négociant, il procédera probablement comme les négociateurs commerciaux : il sortira du cadre et sera prêt à faire porter la négociation sur quantité de points pour parvenir à modifier les choses. Il mettra probablement sur table toute une série d'idées sortant de l'ordinaire.

7). Pour l'Europe, l'erreur à ne pas faire, c'est de vouloir le dissuader à tout prix de mettre en oeuvre telle ou telle idée car, en fin négociateur, il exigera alors des contreparties pour renoncer à une idée qu'il n'aurait peut-être de toute façon pas appliquée.

8). En Europe, il y a les pays qui, sur l'échiquier mondial, savent qu'ils sont petits et ceux qui ne le savent pas...

9). L'Europe ne sera forte que si les pays qui la composent prennent conscience que, pris individuellement, ils sont petits.

10). Trump a tort de considérer que l'OTAN est obsolète et que l'Angleterre a bien fait de sortir de l'UE. Mais c'est à nous de nous mettre au travail pour lui prouver qu'il a tort.

11). Les Anglais adorent les clubs. L'UE est un club. Les Anglais ont le droit de sortir d'un club. Ils renoncent alors logiquement aux privilèges des membres du club. Pour en bénéficier, il faut payer sa cotisation. Et les cotisations de clubs - surtout dans les clubs anglais - sont toujours très chères.

12). Il y a quantité de choses qui, pour nous, sont autrement plus préoccupantes que l'élection de Donald Trump dont on parle tant. Ces choses, elles nous touchent directement et affectent directement notre futur : la Syrie, la Russie, le terrorisme, les migrants, etc. Je suis de près les élections en Hollande, en France, etc. car de ces élections dépend la force que l'Europe aura - ou pas ! - dans notre proche futur.

 

Intervention de Monsieur Drieu Godefridi:

Mesdames & Messieurs,

Je vous propose d'aborder trois chapitres : comprendre l'élection de Donald Trump, quelles sont les opportunités de cette élection pour l'Europe, la droite américaine est-elle "extrémiste" en comparaison avec la droite européenne ?

Selon moi, l'élection de DJT s'inscrit dans un mouvement de révolte générale des classes moyennes occidentales, qui voyent leur niveau de vie stagner, parfois régresser, quand elles sont soumises à toujours davantage de contraintes. D'abord, la taxation. Si le 1% le plus riche échappe de facto à la majeure part de la charge fiscale, les classes moyennes sont soumises à des impôts toujours plus lourds. Dans des pays tels que la Belgique, la France ou le Danemark, les citoyens actifs sont désormais privés de la majeure partie du fruit de leur travail. À rémunération égale, il leur faut travailler toujours plus pour seulement maintenir leur niveau de vie.

Ensuite, l'hyperrégulation. Si la gauche vit encore dans le mythe de la "dérégulation" censée caractériser l'Occident depuis Thatcher et Reagan, le vrai est que jamais dans l'histoire humaine l'individu n'a ployé sous une masse de normes comparables à celle qui prolifère aujourd'hui dans nos Etats. Le cas européen est intéressant, puisqu'à la charge nationale — le Moniteur belge publie chaque année 100.000 pages de réglementations siupplémentaires — viennent s'ajouter les mille régulations qu'inventent chaque année les institutions européennes. Cette hyperinflation normative vaut tant en masse qu'en domaine, puisqu'il n'existe virtuellement plus un seul compartiment de l'activité humaine, fût-il le plus dérisoire ou le plus intime, qui échappe désormais aux velléités normatisantes — souvent, pénalisantes — de l'omnivoyant Législateur. Il n'est pas jusqu'à l'expression d'opinions qui ne soit promise aux fers de l'Etat pénal, en violation des principes fondamentaux qui nourrissent les racines de notre civilisation.

La dégradation urbaine. N'en prenons qu'un exemple : la mobilité à Bruxelles. Depuis plusieurs années, le nombre de véhicules circulant à Bruxelles est constant.[1] Or, les embouteillages ne cessent de s'aggraver. Cette immobilité est donc le fruit, non pas de comportements individuels ("externalités"), mais de choix politiques marqués par l'idéologie, en l'occurence environnementaliste. Autre phénomène, la dégradation de l'école. Au sein de l'OCDE, aucun Etat ne dépense davantage d'argent pour son enseignement (par "tête de pipe") que ne le fait la Communauté française de Belgique. Or, les résultats PISA de cet enseignement sont parmi les plus médiocres, et en constante régression ! Comment les parents, conscients de financer ce système comme contribuables, l'accepteraient-ils ? Au surplus, ces mêmes parents sont soumis à des contraintes scolaires toujours plus nombreuses, vécues comme aberrantes, telles le "décret inscription", qui annule la liberté de choix de l'école, tout en échouant à créer la "mixité sociale" qui est sa raison d'être.

L'anarchie migratoire. On explique depuis des années aux populations occidentales que l'arrivée massive de migrants est inéluctable, telle un phénomène de nature, et que les clandestins ne doivent pas être éloignés du territoire, ce qui implique la négation des lois votées par les mêmes responsables qui tiennent ce discours. Or, il s'agit là encore de choix politiques, qui n'ont rien d'inéluctables, et nos populations en sont conscientes.

Enfin, la réinvention du racisme par la gauche. Ayant opté pour la stratégie électorale consistant à représenter, non plus "le peuple", mais les minorités, la gauche occidentale s'est évertuée à les favoriser de mille façons, par la loi et par la subvention, jusqu'à tolérer puis encourager l'expression officielle d'un racisme anti-blanc au sens strict, à l'instar de ce répertoire de journalistes créé par le gouvernement francophone belge, dont la raison d'être est d'exclure les seuls hommes blancs, ou de cette jurisprudence française — relevée par Alain Finkielkraiut dans La seule exactitude — qui considère que tous les groupes ethniques sont en France susceptibles de racisme, sauf les Blancs, car ils ne sont pas une minorité.

Voici, selon moi, les phénomènes dont la conjonction explique, de Rome à Baltimore, et de l'Oklahoma à la Bavière, la grande révolte des classes moyennes occidentales à laquelle nous assistons, dont l'élection de Trump n'est que le symptôme le plus visible, de par la puissance de l'Etat à la tête duquel il est élu.

Cette élection, j'en formule l'hypothèse, est un événement historique, car tout indique que Donald Trump a l'intention d'appliquer l'essentiel de son programme. Il faut, dès lors, s'attendre à de réels changements de paradigmes qui sont, pour nous Européens, autant d'opportunités.

D'abord, nous allons devoir reconsidérer nos dépenses militaires. En contravention de leurs engagements, la majorité des Etats européens reste nettement en deçà des 2% de PIB de dépenses militaires auxquels ils se sont engagés en 2006. Ce qui signifie, concrètement, que ce sont les contribuables américains qui prennent en charge une partie notable des dépenses de défense européenne : une telle situation n'est pas plus légitime que durable, et Trump a annoncé son intention d'y mettre un terme. Ce sera l'opportunité, pour nos Etats, de réaffecter une part de leurs dépenses sociales excessives et contre-productives, à cette mission régalienne entre toutes qu'est la défense.

Que la présevation de l'environnement implique toujours davantage de normes et de taxes, c'est ce qui ne paraît naturel que sur le continent européen. La droite américaine — présidence & Congrès — a clairement pris congé de ces dogmes, et le chemin d'une énergie qui sera de moins en moins onéreuse (réduction des subventions au renouvelable-intermittent, fracking, nucléaire). D'ici, les Européens ont deux possibilités. Soit ils réinstallent les questions de l'environnement et du climat dans le champ de la rationalité. Soit ils poursuivent, seuls, leurs lubies environnementalistes, en subventionnant massivement le renouvelable-intermittent et négligeant le nucléaire, ce qui implique mécaniquement que l'énergie européenne sera de plus en plus onéreuse, et de moins en moins fiable ("blackouts"). Avec la conséquence, à terme, du départ progressif vers les cieux américains et autres de pans entiers de l'économie européenne, telles la chimie, l'automobile.

Le "politiquement correct" est la police de la pensée correspondant à la stratégie électorale de la gauche : rien ne peut être dit ni fait qui soit ne serait-ce que susceptible de froisser la susceptibilité d'un seul membre d'une minorité quelconque, sexuelle, ethnique ou auto-proclamée. La remise en cause de ces dogmes paralysants et contre-nature aux Etats-Unis offre aux Européens l'opportunité d'une réévaluation critique.

Terminons par le sujets qui fâchent. Tout au long de la campagne, la presse européenne eut soin de mettre en exergue des sujets et déclarations polémiques du candidat Trump pour marquer ce qu'elle considère comme "l'extrémisme" de la droite américaine, tellement éloignée de la droite européenne, plus raisonnable. Prenons-en quatre illustrations :

1. L'idée qu' "un Etat obèse est un Etat impuissant" : Trump a annoncé son intention de réduire de 20% l'emploi public fédéral;

2. L'idée que les clandestins doivent être éloignés du territoire, ainsi que les prêcheurs de haine islamiques;

3. La tentation totalitaire de l'écologie, "fournissant un havre aux thèses marxistes désormais inavouables comme telles";

4. Le caractère liberticide de ces mille petites normes qui s'inflitrent dans le détail de la vie quotidiennes des citoyens, aussi anti-économiques que négatrices de la liberté dans son sens le plus élémentaire.

Voilà quatre idées indubitablement centrales dans le programme de la droite américaine, c'est exact. Mais les citations ne sont pas de Donald Trump. Elles sont d'un certain Jean Gol, Librement, 1992.

Je vous remercie pour votre attention.



[1]Jacques Deliège, "La mobilité à Bruxelles : comprendre et sauver !”, Arguments — Revue européenne de science, vol. 1, n°1, automne 2016, http://revue-arguments.com/articles/index.php?id=3

 

- 163 questions parlementaires et 38 à la commune d’Ixelles ;

- 18 propositions de résolution ou d’ordonnance déposées ou co-signées ;

- 96% de taux de présence en séance plénière et 90% en commission ;

- 17 articles publiés dans Le Figaro, La Libre, Le Vif, L’Echo ou Causeur ;

- Environ 10.000 amis Facebook et 9.000 followers sur Twitter ;

- Présidence de la Commission juridique et des Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe ;

- 2 propositions de résolution adoptées (sur l’antisémitisme et la Cour pénale internationale) et 2 rapports en cours au Conseil de l’Europe ; 

- Une note de travail et une résolution adoptée à l’unanimité sur la protection du patrimoine (disponible  sous forme de brochure) dans le cadre de l’Union interparlementaire ;

- Vice-Président du Réseau parlementaire sur la Banque mondiale et le FMI.

 

Rapport et résolution de l'Union Interparlementaire

 

Dans le cadre de l'Union Interparlementaire, j'ai été désigné comme Rapporteur d'une résolution portant sur la protection du patrimoine.

J'ai ainsi identifié 9 défis qui constituent des menaces directes à sa préservation. Sur cette base, j'ai formulé pas moins de 46 recommandations qui ont été adoptées à l'unanimité, après amendements, par l'Assemblée générale de l'Union Interparlementaire à Lusaka en mars 2016.

Notre patrimoine commun est menacé. Ce livre, publié fin octobre 2016, présente un véritable plan d'action pour le préserver pour les générations futures.